Petit moment de récupération devant une tasse de café, dans la cour circulaire au coeur de la foire d'art de Bâle. Téléphone branché sur enthousiasme, une dame commente sa première venue à Bâle, pour une amie restée à Paris: «C'est délirant, mieux que dans les musées, mais une journée n'y suffit pas.» Voilà bien le problème. Mais l'organisation oriente avec stratégie les aspirations. Les amateurs de photographies classiques et historiques ont de quoi se retrouver satisfaits sans errer. Les jeunes artistes et les galeries qui les soutiennent peuvent bénéficier d'un one-man-show dans le secteur privilégié des Statements. Quant à l'art de dimension respectable (la sculpture monumentale, les installations, la peinture murale ou la vidéo sur grand écran), il bénéficie d'une immense halle pour se déployer et pour le confort des visiteurs.

Les dimensions hors normes de ce secteur, baptisé Art Unlimited, n'empêchent pas une petite pluie de bulles de savon (En El Aire, de Teresa Margolles) de tomber poétiquement sur les badauds. En revanche, elles permettent à la sculpture (Blade Runner, 2004) de Richard Serra, profilée comme une étrave de navire, de s'éployer à l'aise et au spectateur de se sentir un brin écrasé. Une passerelle (de Tadashi Kawamata), suspendue sous le plafond de la halle, offre la possibilité de prendre de la hauteur et d'embrasser le secteur d'une vue plongeante. Près de 70 réalisations y sont visibles.

Ce sont autant d'expériences diverses. Muni d'une lampe de poche, voilà donc le curieux parti à la découverte des rêves de Nedko Solakov (Dreams [Night], 1993-2004), le long des murs d'un sombre dédale. En train de se hisser, plus loin et sans lampe de poche, le long d'une échelle de mirador (Medium Security Observation Tower, 2004, de Christoph Büchel), pour découvrir peut-être la provenance des bruits du concert pop qui s'en échappent. Gravir d'autres escaliers et se retrouver dans un bar de nuit surplombant une autoroute qui s'étire à l'infini par un fabuleux effet de trompe-l'œil (Location 5, 2004, de Hans Op De Beeck). Assister effaré aux bombardements qui se déroulent en panoramique sur le panneau de neuf écrans de Philippe Meste. Effaré encore, regarder le corps d'un personnage filer à toute vitesse et à plat ventre le long de trottoirs et de murets et se demander comment Sergio Prego a organisé ces prises de vues.

Il y a du plus délassant. Comme la sphère sonore de Sylvie Fleury. Mais aussi du plus machiavélique, tel ce petit avorton calciné, abandonné par Rosemarie Trockel au fond d'un caisson et qui vous laisse seul avec des hypothèses dérangeantes. Du décoratif ambigu avec les tapisseries à motifs organiques de Sue Williams. Du politique, avec la documentation réunie par Jeremy Deller autour de certains événements nord-irlandais. Du social, avec les interviews de femmes enregistrées par Candice Breitz. Une diversité qui rend particulièrement palpables et vivantes l'étendue et la richesse de l'art actuel.