Immersion

Artgenève, petite foire à grand spectacle

La sixième édition 
du salon d’art contemporain 
de Genève est une réussite. Le clou cette année? 
Une gigantesque installation d’un maître sculpteur 
de la lumière

Il ne faut pas manquer l’entrée. C’est tout de suite à gauche, 
au sommet des escalators de la Halle 2 de Palexpo. Pile à côté d’Habibi, le squelette géant d’Adel Abdessemed, dinosaure humain de 17 mètres de long qui accueille les visiteurs d’Artgenève. Le clou du salon d’art contemporain est là, installé dans une black box gigantesque de 2000 mètres carrés. A l’intérieur, huit projecteurs perchés à 18 mètres de haut diffusent des films. Leur auteur? Anthony McCall, 70 ans, maître de la Solid Light. Depuis 1973, le Britannique anime des lignes blanches qui se déplacent à une vitesse de mouvement horloger. Mais c’est ce qui se passe dans l’intervalle, entre le projecteur et le sol, qui est passionnant. Grâce à des machines qui soufflent une brume légère, cette lumière cinématographique devient matière. «Au début, j’exposais dans des lieux désaffectés. La poussière ambiante et les fumées des cigarettes suffisaient», explique Anthony McCall dont les cônes fendent une obscurité qui semble infinie. «Alors oui, c’est très calme, très méditatif. Les gens qui entrent ici perdent toute notion de temps.» Un moment de zénitude absolu avant de replonger dans l’éblouissement des spots et l’agitation de la foire.

Fleurs mélancoliques

Curateur invité, Samuel Gross, a fait venir l’artiste anglais. 
Il insiste aussi pour dire à quel point Palexpo est un hôte souple, capable de libérer suffisamment d’espace pour cette pièce aux dimensions muséales. Pour dire aussi qu’Artgenève, petite foire qui préfère l’intitulé de salon, vu son format, a bien pris sa place au sein du calendrier des manifestations dédiées au marché de l’art. Depuis sa reprise en main par Thomas Hug en 2011, Artgenève bride sa jauge à 80 exposants en laissant une bonne place aux marchands helvétiques. Les Genevois sont tous là. Les Alémaniques moins, mais restent fidèles au poste. «Ce qui fait dire à certains que nous sommes la meilleure foire suisse», explique Thomas Hug. D’autant plus qu’à ArtBasel, la foire d’art de toutes les foires, les galeries romandes restent limitées à la portion congrue.

Depuis six ans, Artgenève réussit ce mix entre marchands internationaux (Marlborough, Gagosian, Lelong, Daniel Templon, Blondeau & Cie) et galeristes du cru. Il faut aller voir les aquarelles de Fabrice Gygi chez Francesca Pia, les nouvelles toiles de Stéphane Dafflon chez Xippas, les peintures d’Ulrich Wulff chez Truth & Consequences. Il y a aussi les solo show, ces expositions monographiques qui laissent du champ à un seul artiste. C’est le cas de Vidya Gastaldon qui présente chez Bärtschi & Cie ses derniers tableaux. Ou encore des fleurs mélancoliques, brûlées à l’acide sur des plaques de laiton, par Ross Iannatti chez Ribordy contemporary.

Le musée qui achète

Autre particularité du salon: la place réservée aux espaces indépendants et aux institutions. 
Là aussi, l’éventail se veut très large. On passe de la géante Fondation Beyeler qui présente un film sur son exposition Monet à Hit, espace tout mini, géré par l’artiste Anne Minazio qui fait dialoguer son propre travail avec les couvertures brodées de Cécile Krähenbühl et une sculpture en latex de Chloé Delarue. Alors que, sur les murs d’Art for the World, le Roumain Dan Perjovschi croque en quelques dessins au feutre bien senti l’état du monde dominé par l’argent.

Un peu plus loin, le Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) peut réclamer la palme de l’originalité. Lionel Bovier, son nouveau directeur, a décidé de faire ici ses emplettes pour ainsi augmenter ses collections. Grâce à un budget spécial, mais dont le chiffre est tu, alimenté par des généreux sponsors (l’association des amis du Mamco, la banque Mirabaud et un donateur anonyme) le musée va remplir son stand avec les achats qu’il effectuera sur ceux du salon. Un «work in progress» qui dévoile un processus en vigueur dans toutes les foires, mais qui d’ordinaire se déroule dans la discrétion des coulisses. «Pour ainsi montrer qu’un musée est un partenaire actif et spécifique pour les artistes, les galeries, les collectionneurs et le public de l’art», observe Lionel Bovier qui accroche déjà des œuvres du Suisse Sylvain Croci-Torti et de l’Américain Stephen Prina.

Design sauvage

La place allouée au design s’est par contre rétrécie. Ou plutôt non, elle change de formule. «Chaque année, nous avions quatre, cinq galeries. Pour moi cela restait problématique et plutôt bizarre», admet Thomas Hug qui a préféré proposer à Mathieu Mercier de montrer du mobilier à la manière d’une exposition. L’artiste français a choisi d’associer des objets domestiques prêtés par deux marchands suisses (Patrick Gutknecht de Genève et Roehrs & Boetsch de Zurich) avec des animaux empaillés par Raphaël Coudourey, taxidermiste de Corminbœuf. 
Un renard roux se roule en boule dans un sofa vert pomme des frères Bouroullec. Une biche pose devant un paravent des années 1930. «Cela génère des associations formelles intéressantes et une ambiance assez particulière», explique le curateur pour qui le petit show est une amorce pour un projet plus ambitieux, l’année prochaine. «J’adorerais marier une grosse pièce de Ron Arad avec un éléphant».


A voir: Artgenève 2017, jusqu’au 29 janvier, Palexpo.

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