Artgenève voit (un peu) plus grand

Foire Ouverte jusqu’à dimanche, la quatrième édition réunit quelque 70 galeries et une vingtaine de projets non commerciaux

Des prix ont été attribués lors du vernissage

Les premiers visiteurs, professionnels et VIP, ont commencé à flâner dans les couloirs d’Artgenève dès 14h, mercredi après-midi. Ils ont eu raison de profiter ainsi de la tranquillité des lieux pour prendre le temps d’apprécier les œuvres. En fin d’après-midi, le public était plus dense, d’autant plus que la foire a perdu un peu de l’aspect aéré, détendu qui avait tant fait sa réputation lors des premières éditions. Bien sûr, Artgenève garde taille humaine avec 74 galeries – une dizaine de plus que l’an dernier, et une vingtaine de stands et d’expositions moins, voire pas du tout commerciaux. Mais elle a perdu la foule de ces petits coins où se poser et converser entre deux séries de visites.

L’art contemporain se taille plus que jamais la part du lion, loin devant le design. Quatorze pays sont représentés parmi les galeries, ce qui permet de voir au moins une œuvre de 700 artistes. Grâce à la formule des «solo shows», une trentaine d’artistes peuvent être appréciés de façon un peu plus approfondie, avec une série de pièces. Comme chaque année, un jury fait le tour de ces mini-expositions pour décerner le Prix solo Artgenève – F.P. Journe.

Cette fois, Caroline Bourgeois, curatrice de la collection de François Pinault, Nicolas Schafhausen, de la Kunsthalle de Vienne, et Andrea Bellini, directeur du Centre d’art contemporain de Genève, ont choisi les compositions de Lucas Samaras, un artiste américain d’origine grecque, né en 1936, exposées par la galerie Xippas. Un travail à voir de près, comme on observerait des miniatures, qui tient de la photographie, mais aussi de la peinture.

Deux autres prix ont été remis lors de la soirée de vernissage. Le Prix Mobilière, également attribué par un jury international, récompense Raphael Hefti pour l’ensemble de son jeune parcours. On peut voir quelques exemples de son travail sur le stand proposé par la société d’assurances. Celle-ci expose pour la première fois l’ensemble des jeunes artistes nominés à cette distinction créée en 1996. Une des œuvres les plus spectaculaires de Raphael Hefti est une installation permanente sur les toits de la boutique de la Fondation Vincent Van Gogh, à Arles. Un vaste jeu de verres spéciaux qui permettent des combinaisons prismatiques assez magiques. La pièce lui a été commandée par la directrice de la fondation, Bice Curiger, qui faisait d’ailleurs partie du jury de ce Prix Mobilière. Et le Centre d’art contemporain de Genève vernit ce jeudi une grande installation de l’artiste biennois, composée de barres en acier qu’il a chauffées pour transformer leurs teintes.

Le Prix Ruinart était lui remis pour la première fois hier. Le principe est de récompenser une œuvre présentée non pas sur le stand de galeristes mais dans une des expositions spéciales d’Artgenève. Et c’est une pièce d’Edmund de Waal, des pièces de vaisselle dans une boîte de bois et de plexi qui a été récompensée, et à travers elle la Galerie Gagosian, qui avait choisi de proposer ce travail pour le projet The Living Room/Bar blanc. Le commissaire de ce véritable bar installé dans un coin d’Artgenève, Samuel Gross, avait simplement demandé aux exposants de lui prêter des œuvres qu’ils considéraient comme blanches. Cela donne une incroyable diversité de tons, bien sûr. Mais on prend vite goût à regarder ces dizaines de pièces loin de leur contexte habituel. De John Armleder à Sarkis, d’Olivier Mosset à Not Vital, juste choisies pour leur clarté, elles semblent retrouver leur virginité.

Le blanc est un peu la couleur de cette édition d’ailleurs, puisque de l’autre côté de la foire, l’installation du collectif canadien General Idea, Fin de Siècle, n’est autre qu’une banquise. L’œuvre présente trois jeunes phoques reposant sur plus de 300 panneaux de polystyrène. Il est presque dommage qu’on ne lui ait pas donné une place plus centrale.

Parmi les expositions impressionnantes de l’année, celle de la collection Syz. Nicolas Trembley, qui en est le curateur, a installé des pièces assez monumentales de façon très muséale, très classique même, posées sur des socles – blancs eux aussi – ou accrochées au mur. Valentin Carron, Tobias Madison, Günther Forg ou encore Rosemarie Trockel figurent parmi ce choix magistral.

On ne manquera pas l’installation du duo Lang/Bauman proposée par le Fonds cantonal d’art contemporain. Flash # 2, qui avait été montrée par l’espace Forde à Genève, est une composition de tubes de néon qui tournent tout autour des visiteurs, animant des tons verts et bleus. Le fonds a ainsi mis en avant des artistes qui devraient inaugurer l’an prochain une des œuvres majeures de l’accompagnement artistique du tram genevois.

Et le marché de l’art dans tout cela? Qu’attendre de cette édition? Le franc fort aura-t-il un impact? Pour le moment, seuls quelques galeristes qui proposent des artistes suisses, en francs suisses, vous glissent qu’il leur faudra peut-être faire quelques ristournes pour rester concurrentiels. Pour le reste, beaucoup font de toute façon leurs affaires dans d’autres monnaies. A suivre.

Artgenève, Palexpo, Genève, 12h-20h, jusqu’au 1er février. www.artgeneve.ch

Le blanc est la couleur de cette édition. L’installation de General Idea n’est autre qu’une banquise