Il a beau avoir suivi des cours de piano puis d’accordéon, c’est finalement avec sa voix qu’il a choisi de s’exprimer. Une voix qu’il utilise comme un instrument: Arthur Henry n’est pas chanteur, mais beatboxer. On dit parfois aussi «boîte à rythme humaine». Il fait des bruits avec sa bouche, comme il le résume lui-même. Mais là où certains sont dans la pure performance vocale, il fait œuvre de musicien. Sa voix est un instrument qui, passée par le filtre d’une loop station – un appareil lui permettant d’enregistrer des boucles –, se démultiplie pour proposer une musique à la fois organique et électronique. Arthur Henry est un funambule vocal.

Un père musicien de jazz, une mère cantatrice: la voie du Chaux-de-Fonnier semblait toute tracée. «Mais je n’étais pas spécialement doué, rigole-t-il. Mes parents m’ont par contre laissé libre de faire mes choix. Ils ne m’ont jamais dit: «Mon fils, tu seras musicien.» Dans la même optique, ils ne m’ont pas baptisé. Ils voulaient que je décide pour moi-même.»

Cours et ateliers

Un été, Arthur Henry a 15 ans, la famille passe ses vacances en France, «dans un vignoble paumé». Le jeune garçon a embarqué un livre pour préparer son apprentissage d’informaticien, mais très vite il s’ennuie. «J’ai commencé, pour passer le temps, à faire des rythmes avec ma bouche. J’étais passionné avant même de savoir que je faisais du beatbox. Au retour, je me suis mis à visionner des vidéos en ligne. C’est alors qu’un candidat de l’émission Nouvelle Star s’est illustré en faisant du beatbox. J’ai beaucoup appris en tentant de le recopier.»

Arthur Henry commence par travailler en solo sous le nom de Koqa. Il décide ensuite d’enregistrer avec des musiciens et forme Koqa Beatbox, un groupe à la croisée des musiques électroniques et du jazz – un projet repéré par Le Temps en 2016 et mis en avant sur la plateforme Jukebox, qui présente trente groupes suisses à suivre. En solo, il est convié par le Montreux Jazz à assurer en 2013 la première partie d’IAM. Cette performance lui met réellement le pied à l’étrier et le pousse à abandonner son métier d’informaticien pour se consacrer pleinement à sa passion.

Aujourd’hui, grâce notamment aux cours et ateliers qu’il donne un peu partout en Suisse romande, il vit de sa passion. Car le beatboxing, ça s’apprend, assure-t-il. Pas besoin d’avoir des prédispositions ou d’être un chanteur accompli pour s’y mettre. Il suffit juste d’oser se lancer, ce qui est souvent plus facile pour les enfants, qui n’ont aucun complexe. «Les plus grands ont parfois peur d’être ridicules…»

Tomber le masque

Aujourd’hui largement reconnu – il a représenté la Suisse aux Championnats du monde de beatbox – Arthur Henry multiplie les collaborations. Il a travaillé en trio avec Erika Stucki et Lucien Dubuis, en duo avec Leo Tardin. Autant d’expériences qui lui ont permis d’évoluer, d’élargir son spectre musical. Tout en le confortant dans l’idée de travailler à l’instinct, de manière spontanée, sans jamais écrire de partition – «J’en serais de toute manière bien incapable», avoue-t-il.

Son premier album solo s’intitule #WhoAmI, «Qui suis-je?». Après l’expérience Koqa Beatbox, projet mis entre parenthèses mais qu’il pense réactiver, il avait envie de tomber le masque. Les sept morceaux du disque ont été enregistrés en une prise et sont accompagnés par sept clips vidéo documentant en quelque sorte la manière dont il façonne sa musique. «C’est un album qui se regarde plus qu’il ne s’écoute», dit le musicien. Jeudi, les lecteurs du Temps pourront approcher au plus près le Chaux-de-Fonnier et de sa loop station. En concert privé à la rédaction, Arthur Henry sera accompagné par la chanteuse Giulia Dabala.


Arthur Henry, «#WhoAmI» (Watch Me Win Records/Irascible). Mini-concert à la rédaction du «Temps», jeudi 28 février à 19h. Inscription obligatoire sous: www.letemps.ch/evenements.

En concert le 12 mars à Lausanne, Le Romandie, en première partie de Binkbeats.