Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

Trad. de Robert Dumont

Stock, coll. La Cosmopolite, 352 p.

(1re éd. Stock, 1985)

Pour tenter de comprendre l'Autriche, il y a bien sûr les analyses politiques et les travaux des historiens. Mais il est aussi éclairant de se replonger dans le grand roman d'Arthur Schnitzler. L'auteur de La Ronde offre un tableau précis, lucide et cruel d'un empire au bord de l'abîme: un empire rongé par les poisons du conservatisme et de l'antisémitisme, alors même qu'une bonne partie de son élite (notamment intellectuelle et artistique, à commencer par Schnitzler, mais aussi Freud, Klimt, Mahler et bien d'autres) est constituée de juifs «assimilés». Avec son immense talent narratif et une légèreté toute viennoise, il fait doucement tournoyer de multiples personnages, dans cette ville qui est elle-même un personnage à part entière, avec ses cafés, ses kiosques, son Ring, ses guinguettes, ses bals, ses duels, ses salons, ses concerts, ses tournois d'escrime et surtout la grande roue du Prater, qui tourne lentement, inexorable comme la vie… Politiciens, médecins, financiers, militaires, aristocrates, écrivains, chanteuses, jeunes filles de bonne famille ou grisettes, juifs et catholiques se croisent, se côtoient, se frôlent dans une sorte de valse lente emmenée par les deux meneurs de bal, les deux personnages emblématiques du roman, le musicien Georges de Wergenthin et l'écrivain Henri Bermann.