Critique: «Le Fantasme de l’échec» au Théâtre Saint-Gervais à Genève

Des artistes disent tout ou presque sur leurs échecs

L’échec est un sujet qui fait saliver. Façon de dire évidemment. Mais on en est tous là: à pleurer nos ratages, ou à s’accabler avec une délectation inavouable. Alors quand le Théâtre Saint-Gervais à Genève programme Le Fantasme de l’échec, on n’hésite pas. Ce d’autant que la Française Véronique Bettencourt qui conçoit le spectacle a enquêté sur la question. Sa focale? L’échec des artistes, c’est-à-dire aussi les conditions de leur reconnaissance. Elle en a filmé un certain nombre qui témoignent face à la caméra. Alors, réussie, cette étude poético-musicale? Pas vraiment.

Véronique Bettencourt sait pourtant vous appâter. Elle vous accueille dans la petite salle du théâtre, hôtesse effilée aux yeux lunaires. Dans le spectacle, elle s’appelle Solange Dulac. A ses côtés, un musicien, Fred Bremeersch. Solange Dulac est confuse, bégaie-t-elle en guise d’aparté. Elle attend un sociologue, spécialiste du milieu artistique, mais il a manqué son train. Miracle, la grosse tête (Stéphane Bernard) arrive à l’instant, très Collège de France avec sa sacoche smart. Ces deux font comme dans la vie, ils bredouillent des politesses, puis s’attaquent à la matière. A l’écran, un metteur en scène philosophe sur l’échec et s’embrouille. Plus tard, un autre aura cet aveu: «Je cherche quel artiste est aussi raté que moi. Je n’en trouve pas.» Entre deux projections, Solange Dulac scande, bottes rouges martiales, «le fantasme de l’échec». Le professeur, lui, glose, puis tente de réciter en jonglant «La laitière et le pot au lait» de Jean de La Fontaine. Il échoue, évidemment.

Si l’exercice déçoit, c’est que Véronique Bettencourt effleure sa matière. Les entretiens sont intrigants, mais restent superficiels. La partie théâtrale, elle, est trop appliquée, voire démonstrative, pour captiver. L’actrice évoque Jean-Luc Godard et un projecteur manque de l’assommer. Vous avez dit burlesque? Oui, mais cette veine demande plus d’adresse. Ces dernières années, des artistes comme le Soleurois Stefan Kaegi et sa compagnie Rimini Protokoll, le Lausannois Massimo Furlan ou le collectif Winter family – à l’affiche ces jours à Vidy – ont fait du théâtre documentaire un enjeu formel et anthropologique: des gens comme vous et moi jouent sur scène un toc, un trauma, une passion. Ils se révèlent et vous éclairent. Le Fantasme de l’échec, tout charmant qu’il soit, caresse davantage qu’il ne pénètre. Mais peut-être était-ce programmé.

Le Fantasme de l’échec, Genève, Théâtre Saint-Gervais, jusqu’au 21 mars; loc. 022/908 20 00.