Walid Raad, Libanais de New York, qui donne une conférence sur The Atlas Group, fictive fondation sur l'histoire des guerres civiles libanaises. Kris Verdonck, qui installe un homme dans un aquarium pour faire tourner les spectateurs autour. Ben Patterson, qui fait jouer les criquets à la salle; les acteurs du Carniceria Teatro de Rodrigo Garcia qui dénoncent par une outrance tour à tour drôle et répulsive les excès et les outrages de la société de consommation… La plupart des invités du Festival du Belluard travaillent des formes artistiques qui ont affaire avec la performance. Si l'on s'en tient en tout cas à cet élément de définition offert par Roselee Goldberg dans son livre-référence, La Performance du futurisme à nos jours (Editions Thames & Hudson, 1988 et 2001): «La performance est une façon d'en appeler directement au public, de heurter l'auditoire pour réévaluer sa propre conception de l'art et de ses rapports avec la culture.»

Tous les artistes du BBI cités ci-dessus, d'une façon ou d'une autre, incitent en effet le spectateur à se poser des questions sur son propre fonctionnement, sur sa place dans le dispositif. Walid Raad, impeccable dans sa chemise blanche avec sa conférence high tech et les détails poético-burlesques de son Histoire du Liban revisitée, n'offre pas une forme close de prestation. Il invite aux questions, et celles-ci vont bien sûr porter sur la véracité de ses dires. Regarder un homme immobile derrière une vitre, comme un poisson qui porterait costume et sacoche, ne laisse pas indifférent. Jusqu'où s'approcher? Peut-on taper contre le verre? Quand un homme et une femme s'enfoncent d'un air dégagé saucisses et autres nouilles entre les fesses devant moi, dois-je sourire, partir, requestionner mon rapport à la nourriture? A la pudeur?

Héritier des années 70?

Non, ce week-end, les artistes du BBI n'ont pas toujours laissé le spectateur tranquille sur son siège. Depuis 20 ans qu'il existe, le festival a toujours été sensible à ce genre de prestations qui fait souvent fi des frontières entre théâtre, arts visuels, musique, cinéma. D'ailleurs, n'est-il pas est en quelque sorte héritier de ses années 70 où la performance était reine? Un héritier qui ne risque pas de passer pour dépassé, tant la performance est revenue en force depuis quelques années.

Ce week-end encore, même la musique de MegaZu passait pour une performance. Cette rencontre éphémère de musiciens (le groupe de rock expérimental d'Ostie Zu, le guitariste de The Ex Andy Moor et, autour du saxophoniste sicilien Gianni Gabbia, la chanteuse Miriam Palma et le trompettiste Riccardo Pittau), a un peu dérangé les puristes. Mais pourtant, quelle balade vivifiante dans les musiques actuelles, toute de puissance!

Le BBI fait relâche ce lundi, mais il reprend avec encore des performances dès demain mardi, avec notamment le danseur Yann Marussich et les Young Gods (lire LT du 5/7/03).

Rens. sur http://www.belluard.ch