Et puis il y eut un chiffre et une clameur. «Nous pouvons compter sur 21 045 signatures», assène hier dans la fournaise du Théâtre du Grütli à Genève l'un des membres du Mouvement 804, qui rassemble les créateurs indépendants genevois. Au coude-à-coude, une cinquantaine d'acteurs, danseurs et musiciens ont applaudi alors comme un soir de première. Oui, la pétition qui demande au Grand Conseil de rétablir l'intégralité de l'aide à la création indépendante, est un succès.

En juin, les députés genevois ramenaient de 1,3 million à 650 000 francs ce fonds dépendant du Département de l'instruction publique (DIP). Conséquence: des spectacles bénéficiant peu ou prou de cette manne n'ont pu voir le jour. La profession s'est organisée: elle a interpellé, dès la rentrée, le public tous les soirs en marge des représentations. «21 045 signatures en cinq semaines, c'est un record absolu», ose Sandro Rossetti, musicien et pilier du Théâtre du Loup.

Magistrat compréhensif

Cette revendication devrait trouver en Charles Beer, patron socialiste du DIP, un interlocuteur compréhensif. Le conseiller d'Etat a fixé rendez-vous lundi aux représentants du Mouvement. Il demandera d'ailleurs au Grand Conseil, dans le cadre du projet de budget 2005, que l'aide à la création indépendante soit rehaussée à un million. Il s'engage aussi, selon Franceline Dupenloup, secrétaire adjointe du DIP présente jeudi au Grütli, à prélever les 300 000 francs manquants sur d'autres caissettes. «Ce n'est pas suffisant, souffle un membre du mouvement. Cette subvention doit être rétablie intégralement, c'est une affaire de reconnaissance de notre utilité.»

C'est que tels sont les enjeux selon les porte-parole du mouvement: préserver d'abord la diversité de la scène indépendante et maintenir ainsi des emplois liés au spectacle vivant. Permettre encore à la relève de faire ses armes. «Il y a aussi l'attractivité de Genève», soulignait hier Franceline Dupenloup. «Des études très sérieuses démontrent que l'offre artistique contribue à la prospérité d'une ville, qu'elle attire une population aisée.»

Les artistes genevois ne concéderont rien, c'est du moins ce qu'ils affirment. Quittant hier sous le soleil le Grütli, ils se sont rendus en musique à l'Hôtel de Ville, histoire d'y déposer leur pétition et de faire entendre aux députés le son de leurs trombones. Sandro Rossetti: «21 000 signatures, cela représente un groupe de pression, il y aura bientôt des élections, si nous n'obtenons pas satisfaction, nous saurons nous manifester.»