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Talitha Abraham et Florence Ettlin, les fondatrices de Kalabarts.
© Evan Hancock

Musique

Les artistes locaux à portée de clic

Deux jeunes diplômées de l’Ecole hôtelière de Lausanne veulent venir en aide aux artistes locaux grâce à une nouvelle plateforme de mise en relation avec les clients

Connecter les musiciens et chanteurs avec les salles de concert ou lieux de performance. C’est le projet de Florence Ettlin et Talitha Abraham, 24 et 22 ans. Egalement musicienne et danseuse, elles ont pris conscience des difficultés à monter sur scène et à réussir à vivre de leur passion. Elles ont donc développé au cours de leur formation un site de mise en relation qu’elles décrivent comme le «Airbnb de la musique».

«On a toujours du mal à trouver un artiste pour un événement. Généralement, ça fonctionne par le bouche-à-oreille et on passe un temps fou à rechercher, écouter et contacter les artistes», souligne Talitha Abraham, la cofondatrice de Kalabarts.com. Elle observe une démocratisation des contenus artistiques et entend bien surfer sur un paradoxe. «Avec YouTube, Spotify ou Netflix, nous pouvons tous créer ou consommer. On accède à tellement de choses rapidement, mais en même temps, on cherche davantage d’intimité. Les gens ont besoin de se tourner vers les artistes locaux, d’aller les voir dans un café de quartier, de se connecter avec la musique, à l’artiste et au moment», raconte-t-elle.

Un test

Une première version du site internet est accessible depuis le 1er mai. «C’est un test pour voir comment va réagir le marché. Nous savons que la demande est forte du côté des jeunes talents, mais qu’en est-il pour les clients?» s’interroge-t-elle. Ces derniers sont essentiellement des particuliers, des bars, des restaurants, des hôtels, des salles de concert ou des entreprises qui veulent animer un événement ou une soirée. «Ils choisissent un artiste local sur notre site et nous nous occupons de la mise en relation et de la transaction. L’artiste est rémunéré en fonction de sa notoriété et de son expérience, le client paie la prestation à sa juste valeur et nous prenons une commission de 20% pour nous financer», déclare Talitha Abraham.

Un modèle simple, mais qui semble insuffisant pour atteindre les grandes scènes ou festivals. Pour Philipp Schnyder, directeur du festival M4Music du Pour-cent culturel Migros depuis vingt ans, le cercle professionnel est déjà établi. «On s’échange les informations et on se propose des groupes sans passer par de tels sites. Je pense qu’ils sont intéressants pour des non-professionnels, comme des propriétaires de bars ou de restaurants qui n’ont pas de contacts», estime-t-il. «Je doute que cela aide vraiment les artistes, car ils ne peuvent pas faire confiance à un site pour lancer leur carrière. Ils doivent chercher le cercle professionnel, et les programmateurs du Fri-Son ou du Montreux Jazz Festival ne vont pas chercher les groupes dans ces lieux», ajoute-t-il.

Inspiration en Californie

Une fois leur diplôme en poche, les créatrices de Kalabarts ont décidé de participer au Silicon Valley Startup Camp organisé par la BCV. «On a été tellement inspirées par cette expérience que nous avons décidé de concrétiser notre projet», explique Talitha Abraham. Et comme toute start-up qui revient des Etats-Unis, les fondatrices voient les choses en grand. Fraîchement installées en Suisse romande avec une quarantaine d’artistes inscrits sur leur plateforme, elles veulent conquérir le monde. «Nous avons choisi la Suisse comme point de départ, car c’est un petit marché. De plus, la concurrence est faible», argumente Talitha Abraham.

La Suisse romande dispose de peu de sites de mise en relation à l’intention des artistes. Le plus connu d’entre eux est Stagend, un site de booking pour le divertissement créé par des Tessinois en 2010. «Ils couvrent tout le divertissement, dont les spectacles de clowns et de magiciens, alors que nous nous concentrons sur la musique et les concerts. On sélectionne des artistes et des jeunes talents qui interprètent des musiques actuelles ou qui proposent des compositions modernes, contemporaines», souligne Talitha Abraham pour se différencier. Parmi eux, C.O.T.I, un groupe de hip-hop genevois, également inscrit sur le site berlinois Gigmit, Cynthia Janes, une chanteuse pop-blues hollandaise installée à Bâle, ou Mané, une chanteuse lausannoise. Tous espèrent ainsi pouvoir signer davantage de contrats.

Ambitions hors de Suisse

Kalabarts se laisse quatre ou cinq mois avant d’accélérer son développement à l’international. «Notre but est de nous étendre petit à petit sur le continent. En Allemagne, où le marché de la musique est important, mais aussi en France et en Angleterre. On s’intéresse également aux Etats-Unis, à l’Amérique du Sud et à l’Asie, où il y a un fort potentiel», détaille Talitha Abraham. Une ouverture ambitieuse qui rejoint les conseils donnés par le directeur du festival M4Music. «La pensée de l’export commence très tôt dans une carrière. On ne pense plus à un territoire comme autrefois, mais à une communauté. Les artistes doivent penser global, avec des fans et auditeurs connectés à l’autre bout du monde, et local, pour faire connaître leur musique», explique Philipp Schnyder.

Celui-ci observe un bouillonnement numérique dans l’industrie de la musique suisse. «En Suisse, on a une tradition de projets, se réjouit-il. Imusician et Igroove, des agrégateurs suisses, rendent un service très utile pour les artistes en diffusant leurs contenus sur toutes les plateformes du globe. La plateforme de crowdfunding Wemakeit est également très présente dans le domaine musical et aide au financement de nombreux projets.» Une effervescence numérique que rejoint Kalabarts avec détermination: «Nous sommes deux jeunes femmes, dans une industrie musicale dominée par les hommes. Nous voulons montrer qu’on est là pour secouer ce secteur!» affirme Talitha Abraham.


Mané: «Cela demande beaucoup d’énergie»

Mané est une chanteuse pop lausannoise de 25 ans. Auteure, compositrice et interprète depuis bientôt sept ans, elle s’est inscrite sur la plateforme Kalabarts dès son lancement. Elle partage son expérience et revient sur les difficultés rencontrées par les artistes en Suisse romande.

Le Temps: Vous êtes une chanteuse professionnelle et indépendante. Est-ce que vous arrivez à trouver des dates?

Mané: Oui, mais pas suffisamment. J’ai fait plusieurs concerts en Europe, aux Etats-Unis et en Suisse romande. J’ai surtout commencé à Lausanne, au Bleu Lézard et au festival Fest'hivers. Il y a deux ans, j’ai fait une petite tournée et je suis allée à Nashville et à Los Angeles sur la scène du Hotel Café. C’était un super-moment, car Adele et Katy Perry ont joué là-bas. Et j’ai tourné l’année passée avec un duo suisse qui s’appelle Marzella. On a joué à Paris, Berlin et Amsterdam. J’ai aussi participé à un festival à Liverpool.

Pourquoi vous êtes-vous inscrite sur la plateforme Kalabarts?

Une des fondatrices m’a contactée pour m’annoncer la création de la plateforme et ça m’a de suite intéressée. J’ai l’impression qu’il y a peu de sites pour les artistes en Suisse romande. J’ai cherché plusieurs fois comment contacter des clients intéressés pour des soirées ou concerts privés, et j’ai eu du mal. J’ai vécu à Londres et j’avais l’habitude d’utiliser un site qui s’appelle Starnow. C’est un site pour tous les milieux artistiques et il y a des annonces pour les petites soirées. En Suisse, il y a surtout des annonces de castings. On répond aux annonces en proposant notre profil. Là, c’est l’inverse, ce sont les clients qui cherchent un artiste et qui le contactent.

Quels sont vos objectifs sur ce site?

Premièrement, trouver des concerts privés ou des soirées d’entreprise dans lesquels les gens veulent écouter ma musique. J’en ai fait, mais surtout dans des clubs de musique ou des bars. Ensuite, plus de visibilité. Les fondatrices nous aident. Elles ont fait de la publicité pour mon clip et l’ont partagé sur leurs réseaux sociaux. C’est génial, pour une fois que quelqu’un pense à faire ça pour les artistes! C’est nouveau et cela fait du bien de voir de l’innovation dans le secteur.

Est-ce difficile d’être un artiste en Suisse romande?

C’est assez compliqué quand on n’a pas de tourneur. Il y a beaucoup de lieux pour jouer, mais c’est vrai qu’en étant indépendante, les portes s’ouvrent moins vite. Ça demande énormément d’énergie parce que c’est un métier. Le mieux serait d’avoir quelqu’un qui puisse s’occuper de cela. Mon but est de trouver enfin un bookeur, pour qu’il puisse faire ce travail avec moi. Il y a un manque d’innovation certain en ce qui concerne la mise en relation, que ce soit entre artistes, avec les clients ou pour contacter les agences. Par rapport au milieu anglo-saxon, où il y a plein de sites à disposition, cela manquait dans le paysage suisse.

Comment fonctionnez-vous habituellement pour trouver des dates?

Pour des salles, j’envoie un lien, je les appelle et je les harcèle jusqu’à ce qu’ils me répondent! (Rire.) Mais ce qui marche très bien, ce sont les contacts. Il faut aller voir les concerts ou aller aux soirées de networking. Quand on appelle après avoir rencontré des responsables, c’est toujours mieux. Ou sinon, il faut connaître des gens dans le milieu, à qui on demande un contact pour trouver une scène. Cela varie selon les opportunités. Et parfois, on a de bonnes surprises. Pour Los Angeles, par exemple, ils m’ont répondu en seulement dix minutes!

Pensez-vous que Kalabarts puisse changer la donne et vous apporter des contacts utiles?

Dans ce métier, on ne sait tellement pas ce qui va aboutir ou pas. Ma philosophie, c’est: s’il y a une possibilité d’avoir plus de visibilité ou de contacts, on la prend. Si ça donne quelque chose, c’est génial. Si ça ne donne rien, tant pis.

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