Les artistes n'ont pas attendu le XXIe siècle pour manier la provocation. C'est la manipulation du corps – humain ou animal – qui fait scandale. Sa représentation choque encore: le tableau de Courbet, «L'Origine du monde», montrant un sexe féminin en gros plan, est encore inadmissible en couverture d'un livre. Que dire alors des interventions que font subir au vivant les artistes contemporains depuis les années 1960? Membre des actionnistes viennois, Otto Muehl crée des «actions-matérielles» où se mêlent nourriture, sexe et excréments. Il subit l'opprobre du public, la répression policière puis judiciaire.

Plus récemment, la galerie Saatchi à Londres rassemble des œuvres provocatrices: une montagne de corps de rats de Dave Falconer (1998), la célèbre vache de Damien Hirst, coupée en 12 morceaux plongés dans le formol, prémonitoire, en 1996, de la vache folle. Tracey Emin expose un lit jonché de culottes sales, de préservatifs usagés, de mégots et photos de l'artiste (1999). Les mères de famille exigent le retrait du portrait de la «serial killer» Myra Hindley, ornée d'empreintes digitales d'enfants. Et encore, cadavre de requin de Damien Hirst, toujours lui; pantins sanglants de Jake et Dinos Chapman, en réponse aux mutations génétiques. Marc Quinn utilise son propre sang réfrigéré. Chris Ofili réalise une vierge noire garnie d'excréments d'éléphant. Mais ces œuvres qui choquent à la fin du XXe siècle perdent très vite leur charge scandaleuse et quand brûle la galerie Saatchi en 2004, l'œuvre des frères Chapman, intitulée «Hell» disparaît dans l'incendie sans soulever trop d'émotion chez les deux artistes.

Les manipulations génétiques éveillent la créativité des plasticiens: l'Art Biotech apparaît dans les années 1990. Les Australiens du collectif SymbioticA cultivent des cellules et créent des mini-poupées en peaux artificielles, censées capter les terreurs du monde moderne. Le Brésilien Eduardo Kac, créateur de l'art biotech, donne naissance à «Alba», lapin transgénique qui devient vert fluorescent à la lumière noire grâce aux protéines de méduse qui lui ont été injectées. Séquestré par l'Institut national de la recherche agronomique, Alba n'a pas le droit de quitter son labo et son créateur milite pour sa libération.

Enfin, à la frontière de l'esthétisation et du prétendu projet pédagogique, les «vrais morts» transformés en «œuvres d'art» par le truchement de la plastination, à travers les expositions de Gunther von Hagens. Question: d'où proviennent les cadavres? «De donneurs privés», assure le docteur qui protège leur anonymat. De prisonniers chinois exécutés et vendus, insinuent ses détracteurs. Art, morale et profit: le cas von Hagens réunit tous les ingrédients du scandale.