Cette omission du Conseil d’Etat vaudois ne passe pas. Comme une boulette de viande mal farcie sur l’estomac. A Lausanne, actrices et acteurs de la culture ont eu un haut-le-cœur collectif quand ils ont entendu les autorités annoncer, mercredi 25 novembre, l’ouverture des magasins, des lieux de culte, des remontées mécaniques, mais pas celle des salles de spectacle. Pis, aucune date n’a été avancée, aucun scénario pour le futur dessiné, comme si les planches où le bonheur de tant de nos nuits se joue n’existaient plus.

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«Un déni», pose d’une voix éternellement ensoleillée l’auteur et metteur en scène Benjamin Knobil. Avec des camarades, il a passé le week-end à soupeser chaque mot d’une lettre à l’intention des autorités pour exprimer l’incompréhension du milieu. Cette missive alarmée pouvait s’enorgueillir, lundi, de quelque 500 signatures, venues de toute la Suisse romande.

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Sentiment d’injustice

Leur revendication? Le droit d’ouvrir les salles le plus rapidement possible, dès la semaine prochaine. A défaut, ils demandent un calendrier précis. «Nous ne comprenons pas la logique, explique l’artiste. A l’occasion du Black Friday, des magasins ont été pris d’assaut. On est heureux pour les commerçants. Mais si on autorise ces ruées, pourquoi ne pas nous donner la possibilité d’accueillir le public dans nos salles, alors même que des protocoles sanitaires stricts sont appliqués?»

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En première ligne, la conseillère d’Etat Cesla Amarelle est consciente de la situation, souligne le porte-parole du Département de la formation, de la jeunesse et du sport, Julien Schekter. Elle a invité cette semaine des représentants des milieux concernés à échanger sur la question. Avec un horizon, semble-t-il, poursuit Julien Schekter.

«Une réouverture progressive des lieux culturels à l’ensemble du public est en discussion avec les autorités sanitaires et en coordination avec tous les cantons romands, en fonction de l’évolution de la situation.» Et de promettre de nouvelles «solutions qui pourraient être communiquées dans les jours qui viennent.»

Ces mesures viendraient compléter le Fonds cantonal d’aide d’urgence et d’indemnisation (39 millions) créé au moment de la première vague et alimenté par le canton et la Confédération. A la mi-septembre, 18 millions avaient été distribués aux acteurs et entreprises culturels vaudois.

Le gouvernement interpellé

Vous avez dit baume au cœur? Pas vraiment. Ce mardi en début d’après-midi, les enfants de Tchekhov et d’Isadora Duncan attendront, dans un silence sibérien, les députés, devant le Grand Conseil. Ils ne leur infligeront aucune tirade, non, ils feront bloc, histoire de marquer leur impatience et leur désarroi. Ils remettront aussi à Cesla Amarelle leur lettre. «Des parlementaires interpelleront le gouvernement vaudois au sujet de la réouverture des salles», annonce Benjamin Knobil.

Ils rappelleront sans doute que le canton de Vaud compte 140 compagnies, qui emploient chacune entre cinq et trente personnes, engagées en contrat à durée déterminée. Ces escouades représentent 1500 emplois à l’année, estime Benjamin Knobil, auxquelles on peut ajouter tous ceux qui gravitent autour du monde du spectacle. «Nous sommes une force économique, on l’oublie trop souvent», martèle l’artiste. Jeudi, ces brigades ailées se fédéreront officiellement, pour la première fois, sous une même bannière. Les boulettes du Conseil d’Etat ont des vertus: elles permettent de rebondir.