Raconter son actualité sans rien oublier? Voilà un exercice qui va prendre du temps et de la place. En vrac: on le retrouvera sur nos écrans au printemps (J’adore ce que vous faites, de Philippe Guillard, avec Gérard Lanvin) puis à l’été pour Menteur, un film d’Olivier Baroux. Par la voix, également, puisqu’il assure la version française de Steve, bête de combat, le film d’animation de la Paramount.

Il vient aussi de terminer le tournage d’Apache, film noir sur le gang montmartrois des années 1900. Il cartonne sur Netflix avec Pourris gâtés, une comédie française plutôt bien écrite – événement assez rare pour être souligné ici. Son prochain one man show est déjà prévu pour 2024. Plus d’autres choses encore, qu’on détaillera une autre fois.

Lire aussi: Gérard Jugnot, cet éternel gamin, à l’affiche de «Pourris gâtés»

D’où cette première question, comme une évidence: vous trouvez le temps de dormir, quand même? «Pas besoin, bien au contraire, je suis fatigué et de mauvaise humeur quand je dors trop longtemps», jure-t-il. Un côté hyperactif, peut-être? «Sans doute, oui. C’est un diagnostic qui n’existait pas quand j’étais jeune, mais si j’étais adolescent aujourd’hui, c’est probablement ce qu’on dirait. J’ai beaucoup d’angoisses et de pensées bizarres, et pour éviter tout ça, il faut que je fasse des choses. Sinon je pense trop et ça ne me réussit pas.»

Dans une autre dimension

Il en fait tellement qu’on a l’impression qu’il accepte tout ce qu’on lui propose. Fausse route là aussi, c’est juste qu’il a basculé dans une autre dimension. Il explique: «Je refuse énormément de propositions, beaucoup plus que je n’en accepte. Dire oui à un projet pour de mauvaises raisons, comme l’argent ou la notoriété potentielle, c’est mort. Je suis un labrador: c’est l’amusement qui me guide et rien d’autre. En début de carrière, on m’a balancé un nombre incroyable de certitudes à la gueule, du genre «tu pourras faire ces rôles-là mais pas ceux-ci». On ne va pas se mentir, c’est un métier où l’on est bien financièrement quand ça marche. Alors je fais ce qui me plaît.»

Victor Artus Solaro, dit Artus – puisqu’il s’agit de lui – s’est donc choisi un monde où les grands écarts sont envisageables. Il a commencé à tourner dans Le Bureau des légendes, saison 3, en même temps qu’il officiait sur Danse avec les stars, le programme grand public de TF1. La série à succès de Canal+ fut justement sa vraie porte d’entrée dans le cinéma, à une époque où il avait encore besoin de passer des castings pour convaincre. Avec la crainte de ne pas être accepté dans toutes les familles du septième art.

Son talent a fini par mettre tout le monde d’accord, avec cette constante qui traverse les années: Artus possède un physique à part. «Hors normes», selon ses propres termes, mais accompagné d’un rapport hyper-sain avec son intellect: «Il faut tout assumer, c’est ça la force des acteurs. Je n’ai jamais eu de souci avec mon corps. Peut-être aussi parce que j’ai une base très musclée, j’ai quand même fait dix ans de rugby, donc je ne suis pas un gros qui s’essouffle vite. Bon, là, j’essaie de perdre un peu, mais c’est juste pour moi, pour me sentir mieux. Je n’ai jamais été handicapé par mon surpoids. Le gars qui s’arrête après deux mètres à cause d’un point de côté en jouant au foot avec ses potes, c’est pas moi.»

Il assume au point d’être la tête de gondole de Capel, la ligne de vêtements spécialisée dans les hommes forts. «Je fais peu de partenariats, mais celui-là me tient à cœur: les fringues sont fabriquées en France, ils s’intéressent aux gens hors normes, ils savent qu’ils vendront moins mais ils disent «OK, on va s’occuper d’eux». Les grandes enseignes accessibles en prix ne se positionnent pas sur ce marché, alors qu’on a de plus en plus de personnes en surpoids. Mais je ne me fais pas d’illusions: une fois qu’il y aura assez de gros pour que ce soit rentable pour eux, ils basculeront…»

Il revient en Suisse pour une date unique à Genève*. Un lien particulier l’unit à ce pays. Il a vécu six ans à Lugano, de 4 à 10 ans, le temps de devenir bilingue franco-italien. Et puis, Montreux est comme une résidence secondaire pour lui. C’est là-bas qu’on l’a découvert dans Le Gaybecois, sketch totalement lunaire qu’on peut passer en boucle sans se lasser.

Ces Suisses «très exigeants»

Il garde, depuis son premier passage en 2015, une tendresse particulière pour le Montreux Comedy, sa scène, sa programmation, et sa mise en valeur des humoristes: «Notamment parce qu’ils les rémunèrent bien, alors que 90% sont payés au chapeau, ou alors pas du tout. Il ne faut pas oublier que c’est un métier, et ce festival ne l’oublie pas. C’est grâce à des manifestations comme celle-là que certains d’entre nous se disent qu’on peut en faire un vrai métier, et pas seulement espérer survivre.»

Lui est maintenant crédible dans toutes les situations, loin du petit provincial qui a quitté Montpellier voilà dix ans pour conquérir Paris. Il n’a toujours pas l’impression d’être arrivé au sommet, ni l’intention de retourner sous le radar: «Ça se passe bien, oui, mais on en veut toujours plus. Et intégrer d’autres familles, comme celles du cinéma d’auteur ou des Molières.» Au début de février, ce sera la Suisse et son public très exigeant, particularisme local qu’il a bien noté: «Ça peut très bien se passer, ou au contraire pas bien du tout. Il faut d’abord qu’ils te valident. Et il n’y a pas trop d’entre-deux: ils adhèrent… ou pas.»


*«Duels à Davidéjonatown», Bâtiment des Forces motrices, Genève, je 3 février, loc. FNAC.


Profil

1987 Naissance au Chesnay, dans les Yvelines.

2011 Quitte Montpellier pour Paris.

2016 «Danse avec les stars» sur TF1.

2018 Débuts dans «Le Bureau des légendes», saison 3.

2022 Tournée de sa pièce «Duels à Davidéjonatown».


Retrouvez tous les portraits du «Temps».