Boulangerie

Aryzta lève des fonds pour s’offrir un peu d’air

Boulangerie Le spécialiste du pain industriel, qui accumule les difficultés depuis des années, a annoncé une importante augmentation de capital. Mais des questions subsistent quant à sa stratégie

Est-ce qu’Aryzta va être sauvé? Cette question fait sourire les analystes. «Personne ne peut le dire», note Jean-Frédéric Nussbaumer de la banque Vontobel. Reste que l’augmentation de capital de 800 millions d’euros (907,7 millions de francs) annoncée lundi par le boulanger industriel, qui accumule les difficultés, devrait lui offrir un peu d’air.

Pour rappel, le groupe zurichois a publié un chiffre d’affaires en baisse de 6,3% sur un an à 1,79 milliard au premier semestre de son exercice décalé clos fin janvier. Son excédent brut d’exploitation (EBITDA) a, lui, chuté de près de 30% à 161,3 millions. L’augmentation de capital annoncée lundi doit lui permettre de gagner «du temps et de la flexibilité» pour la mise en œuvre de son plan de désendettement, selon les termes de son directeur, Kevin Toland.

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«Cette annonce ne constitue pas une surprise, car nous plaidions depuis longtemps en faveur d’une telle opération», indique la banque Vontobel dans une note. Mais son volume est plus haut qu’escompté. Et pour cause: le spécialiste des pains et viennoiseries surgelés, qui fournit notamment les pains de McDonald’s, a publié trois avertissements sur résultats ces 18 derniers mois. Le dernier date de fin mai de cette année, dans lequel le groupe rappelle ses difficultés, liées à une baisse de la demande des consommateurs, doublée d’une hausse du prix des matières premières.

Cessions d’actifs

L’augmentation de capital annoncée lundi vise avant tout à réduire son endettement, qui atteignait 1,62 milliard d’euros à fin janvier. Elle sera réalisée principalement par l’émission de nouvelles actions, avec des droits préférentiels accordés aux actionnaires existants. Aryzta entend ainsi se doter «des moyens pour poursuivre la mise en œuvre de son repositionnement stratégique», a indiqué Kevin Toland, en poste depuis bientôt un an, après la démission en bloc de la précédente équipe de direction.

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Après avoir multiplié les acquisitions entre 2010 et 2014, le groupe, issu de la fusion en 2008 du boulanger industriel argovien Hiestand et de son homologue irlandais IAWS, s’est lancé dans un vaste plan de cessions d’actifs. Celles-ci sont censées contribuer à hauteur de 450 millions d’euros au programme de désendettement d’un milliard étalé sur quatre ans. Le but étant de se recentrer sur son cœur d’activité: les pains et viennoiseries destinés aux professionnels de la restauration. Ce cap a été maintenu. Le groupe entend en outre économiser 90 millions par an d’ici à 2021 en réduisant ses dépenses opérationnelles et en optimisant sa chaîne d’achat. Les coûts de ce programme sont estimés à 150 millions, répartis sur les trois prochaines années.

Des questions en suspens

Quid de Picard, dont Aryzta détient 49%? Le groupe zurichois n’a pas donné de précisions lundi sur la cession de sa participation dans le spécialiste français de surgelés, soulignant seulement qu’il a généré 91 millions d’euros de dividendes. L’actif valait 455 millions d’euros, avec une option d’achat sur le solde du capital, lors de son acquisition, mais sa valeur pourrait avoir grimpé de sorte à dissuader les acheteurs. «De nombreuses questions demeurent sans réponse, tant au niveau structurel qu’au niveau opérationnel», souligne Vontobel dans sa note.

Aryzta donnera davantage d’informations lors de la publication des résultats annuels de son exercice décalé 2017/2018, le 1er octobre. «La direction a fait un pas de plus dans sa stratégie, mais celle-ci va devoir rapidement se traduire en actes, car la situation de l’entreprise demeure précaire», conclut Jean-Frédéric Nussbaumer.

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