«Dix ans à tourner constamment, ça vous abîme, jusqu’au point de rupture parfois.» Trop malin pour compter parmi les cramés du rock tombés pour avoir surestimé leurs forces, Asaf Avidan s’est offert il y a deux années ce qu’il s’était jusqu’ici refusé: une pause. «J’étais devenu incapable de réfléchir à ma carrière et au cours de ma vie», résume-t-il. Pour avoir capitalisé toutes forces dehors sur l’immense carton remporté par le remix de One Day/Reckoning Song (2012), et publié trois albums défendus partout où on voulait de lui, le kid de Tel-Aviv, 40 ans, a quitté Israël pour un mas d’Ombrie. Il y a bâti un studio où Anagnorisis, beau disque, a été mûri face à des champs d’oliviers où paissent ses chevaux.

«La petite pièce à Tel-Aviv où j’avais enregistré Different Pulses (2013) et Gold Shadow (2015) ne me manque jamais», explique Avidan, maillot de corps blanc sur corps musculeux, l’un de ses deux «puppies», comme il dit, reniflant un ourlet de son pantalon rose taille large. «Lorsque vous vivez avec tant de quiétude autour de vous, comme c’est mon cas maintenant, libre d’enregistrer quand bon vous semble et de tout plaquer pour vous offrir une balade, vous devenez plus attentif à vos réels besoins, à l’exact inverse du quotidien en studio lambda, où tout n’est que pression et course après le temps.» Disant cela, un de ses chiens sommeillant à ses pieds, l’ancien leader des Mojos lisse sa crête iroquoise peignée plaquée, jaugeant la pièce grise du building RTS dans lequel on nous a installés.