Qui ? Roger Jon Ellory

Titre: Les Assassins

Trad. de l’anglais par Clément Baude

Chez qui ? Sonatines, 528 p.

 

Il fait froid, ce soir de novembre 1984. Le jeune John Costello bécote paisiblement sa copine Nadia sur un banc public. Ils sont jeunes, innocents et surtout heureux. Du moins jusqu’à ce qu’un déséquilibré ne vienne défoncer le crâne de Nadia à coups de marteau. Costello en réchappe miraculeusement, mais n’en ressort psychologiquement pas indemne. Le prologue d’Assassins, extraordinaire polar de R. J. Ellory, s’arrête là.

 

Rainures du trottoir

Juin 2006. Du sang a coulé sous les ponts. On retrouve John Costello, devenu archiviste dans les obscurs sous-sols d’un journal new-yorkais. Quand il ne compte pas les voitures dans la rue, les rainures du trottoir ou les motifs sur les cravates de ses interlocuteurs, Costello enquête pour une journaliste spécialiste des faits divers. L’homme, un grand solitaire – «qui n’a pas peur de la nuit, puisqu’il porte en lui toute la nuit dont il a besoin» –, tente de survivre au drame qu’il a subi dans son adolescence.

Se promenant à la lisière de l’autisme, il submerge sa mémoire avec une quantité invraisemblable de données en tout genre. Et par exemple avec les détails des meurtres perpétrés par les tueurs en série américains. Aussi, après quatre violents homicides qui n’ont, en apparence, aucun lien, Costello est le premier à comprendre qu’un décérébré s’inspire des meurtres commis par des tueurs en série tristement célèbres. Il massacre ainsi, aux mêmes dates et selon le même modus operandi, d’innocents New-Yorkais.

Cerise sur le polar

L’enquête s’emballe. L’enquêteur, Ray Irving, aussi solitaire et déprimé que peut l’être un héros de roman policier, ne comprend rien à ces hommages macabres. Et commence à se demander si ce Costello, avec lequel il finit par devoir collaborer, ne pourrait pas être plus impliqué qu’on ne le pense dans cette série de crimes. Cerise sur le polar, R. J. Ellory parsème son roman de délicieuses trouvailles stylistiques – «Le bar n’était jamais vide. Il y avait toujours au moins une atmosphère».

C’est assez rare pour être signalé: ce livre est si captivant qu’il n’a fallu que deux jours à l’auteur de ces lignes pour avaler ses 528 pages. Les Assassins, publié par la jeune maison d’édition Sonatine, est sans doute le roman policier le plus abouti de l’auteur anglais. Pour l’anecdote, ce dernier a dû reconnaître en 2012 avoir laissé des commentaires élogieux pour ses propres livres – et des critiques acerbes pour d’autres auteurs – sur le site d’Amazon. Avec Les Assassins, il prouve à tout le monde qu’il n’en avait pas besoin. Et, promis, cette critique n’a pas été écrite par lui.