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La petite tribu d'un «Affaire da famille».
© DR

Cinéma

Association de malfaiteurs bénins dans «Une affaire de famille»

Hirokazu Kore-eda entre dans l’intimité d’une petite communauté précarisée. Très émouvant, son film oppose la tendresse humaine à l’ordre moral

Ils s’entassent à cinq dans une maisonnette vétuste résistant au bétonnage alentour. Au centre de la famille, il y a Hatsue, l’aïeule, la propriétaire des lieux. Puis un papa et une maman, Osamu et Nobuyo, une fille adolescente, Aki, et un garçon, Shota. Pour joindre les deux bouts, ils s’adonnent à quelques menus larcins, comme le vol à l’étalage.

Un soir, en rentrant les poches bourrées de produits volés, père et fils tombent sur une fillette solitaire, affamée, couverte de bleus. Ils l’emmènent chez eux. Une bouche de plus à nourrir? Pourquoi pas. Un enlèvement? Non, car il n’y a ni séquestration ni demande de rançon. D’ailleurs, les parents indignes de la petit Juri ne remarquent même pas sa disparition.

Enfants perdus

La famille et la mort sont des thèmes récurrents dans le cinéma de Hirokazu Kore-eda, qui filme par ailleurs l’enfance avec une troublante justesse. On se souvient de la permanence du deuil dans Still Walking, de la reconstruction d’une sororité après la disparition du père dans Notre petite sœur. C’est surtout à Nobody Knows, et ses gosses abandonnés, et à Tel père, tel fils, et ses enfants égarés que renvoie Une affaire de famille (Manbiki Kazoku).

Malgré l’immense talent du réalisateur, dans la direction d’acteurs, la mise en scène, la composition et l’éclairage, son film annuel commence par résister un peu. Peut-être en raison du sentiment de claustrophobie que suscite le décor exigu de la maison familiale. Mais aussi parce que les liens entre les différents membres de la petite tribu sont incertains. Pour cause: il n’y a pas de papa ni de maman, juste un assemblage de perdants. Ce ne sont ni le sexe ni le cœur qui unissent Osamu et sa femme, mais l’argent. Pour compenser leurs misérables revenus, Nobuyo a des horaires aléatoires dans une usine, Aki travaille dans un peep-show, ces laissés-pour-compte de l’opulence japonaise commettent de menus larcins.

Délicatesse extrême

Cet équilibre précaire en marge de la loi renferme des plages de bonheur, des jeux, des rires. Et une touche d’érotisme que Kore-eda met en scène avec une délicatesse extrême – la larme qu’un client laisse sur la cuisse d’Aki –, voire un sourire – comment un plat de nouilles froides peut réchauffer des ardeurs endormies…

Les choses se gâtent lorsque les services sociaux signalent la disparition de Juri, puis lorsque la vieille Hatsue décède. Shota est pris, la communauté vole en éclats, d’anciens délits sont révélés. La justice se montre sans pitié à l’encontre de ceux que le crime a réunis. Et le film monte en puissance émotionnelle face à un verdict qui néglige une circonstance atténuante: la tendresse prodiguée par une famille de hasard aux enfants perdus. Les larmes de Nobuya dont l’instinct maternel est nié parce qu’elle n’a pas accouché nous brisent le cœur.

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