Le jazz est né vers 1880, à La Nouvelle-Orléans. Son contemporain, le tango, autre musique d’émigrés, a vu le jour plus au sud, dans une autre ville portuaire: Buenos Aires. Les origines de cette «pensée triste qui se danse» sont brumeuses. Le tango intègre le souffle de la milonga, une ballade de la pampa, et celui de la habanera, propagée par les conquistadores. Il frissonne de réminiscences méditerranéennes, notamment les tarentelles napolitaines. Le bandonéon, cet instrument à soufflets importé par les migrants allemands, lui donne son âme.

Certains musicologues assurent que le tango intégrerait des éléments du candombe venu de l’Afrique bantoue. Astor Piazzolla récusait cette ascendance: «Le tango est une musique introvertie, probablement venue d’Orient. La musique brésilienne est africaine. Elle est extravertie. Vous ne verrez jamais un Argentin chanter dans un café. S’il est saoul, il s’endort et c’est tout. Les Brésiliens chantent. Jamais les Argentins.» Nul n’osera douter de sa parole: il est le réformateur, le libérateur, le rédempteur du tango. Il a sublimé ces élégies des faubourgs, des bals et des bordels et les a exportées dans le monde entier.