Il y a de la bagarre dans l'air. C'est que le spectacle pousse sur scène une escouade de madrigaux «guerrieri et amorosi» de Monteverdi. Dans la cour Maynier d'Oppède, des courtisans en fraise tordent leurs doigts, tordent leurs regards, agacent les homards, raisins, fenouils et autres trophées suspendus autour de la fontaine. Invités de cette Cena Furiosa programmée par le Festival d'Aix-en-Provence, ils sont toujours prêts à mordre. Mais à la fin du spectacle, ce sont les spectateurs qui ont envie de bouffer du metteur en scène.

L'idée première d'Ingrid von Wantoch Rekowski est pourtant bonne: sa cour a des airs de zoo, d'asile, de théâtre. La guerre amoureuse pourrait s'y faire ravageuse. Or, pendant une heure et quart, la guerre reste larvée, l'amour absent. Et les tics de toqués tournent au système. A tel point que des spectateurs, impatients, tapent toujours plus frénétiquement sur le plancher, comme si les gestes compulsifs des acteurs se transmettaient à eux. Du coup, la «représentation» du Combat de Tancrède et Clorinde avec vue sur le public de courtisans constitue un involontaire renversement baroque! C'est le seul moment fort d'un spectacle imposteur, qui prend des airs entendus quand il ne maîtrise pas son contenu: de toute évidence, on a d'abord choisi la matière musicale, laissant se débrouiller le metteur en scène. Qui tente de faire passer la mince pensée dramaturgique pour une démarche avant-gardiste.

Aux musiciens de sauver la mise. Marc Minkowski fait merveille dans ces pièces qui sont de la graine d'opéra. Il dirige des instruments volubiles et six chanteurs, à la tête desquels Paul Agnew délivre une leçon d'éloquence. Le Ballo de Tirsi et Clori se met à bondir, la Ninfa à se lamenter, autant de pièces autonomes qui pourraient former le plus fascinant collage scénique. A condition de leur prodiguer un traitement dramaturgique qu'une régie-gadget ne remplacera jamais.