Ils sont pétris dans l’argile d’En attendant Godot. Le Français André Marcon et le Genevois Gilles Privat respirent, rêvent, clopinent, maraudent comme leurs personnages. Ils sont respectivement Estragon et Vladimir – Gogo et Didi pour les amis – ils ont épousé leurs carcasses, ajustés qu’ils sont à la langue de Samuel Beckett, ébréchés, saugrenus, désespérants, verts comme des moines défroqués, désarmants d’amour, grognons, grognards des tréteaux. Au Théâtre de Carouge, dans la mise en scène à fleur d’âme d’Alain Françon, ils sont merveilleux, tout comme Guillaume Lévêque, superbe d’impudence dans la peau de Pozzo, tout comme Eric Berger en Lucky.