Michèle Desbordes. La Robe bleue. Verdier, 154 p.

Des minces récits fervents de Michèle Desbordes, on peut dire qu'ils sont à chaque fois l'histoire d'une attente sans mesure. La Demande (Verdier, 1998) évoquait le long commerce silencieux entre une servante française et un grand artiste italien du XVIe siècle, invité sur les bords de la Loire par le roi de France. Le Commandement (Gallimard, 2000) faisait retrouver un semblable climat de solitude et d'exil à travers la difficile relation d'une mère paysanne et de son fils émigré en Haïti au temps de la colonisation française. Cette fois-ci contemporaine et réelle, l'histoire du long enfermement de Camille Claudel racontée dans La Robe bleue n'est pas moins douloureuse et énigmatique: sans doute est-ce pour cela, sa part de secret et de cruauté, qu'elle a retenu l'attention de la romancière.

Car ce livre dépourvu d'anecdotes n'est pas mû par le souci biographique, mais porté par le désir de transformer la fiction en moyen d'investigation. D'où le fait que la narratrice intervienne très tôt dans le récit: «Je me la figure assise à attendre et passer le temps, immobile sur l'une des chaises du pavillon qu'elle aurait tirée dehors…» D'où aussi la distribution du récit en deux parties et ses partis pris répétitifs, qui le font avancer par reprises successives. La première partie («La nuit elle entendait les chevaux») retrace un long parcours de la révolte à la soumission, à partir de l'image obsédante d'une vieille femme assise sur une chaise, et qui attend. Dans la seconde, de pure imagination, «la robe bleue», qui donne son titre au livre, remplace les éternelles chasubles grises ou brunes portées par la pensionnaire de l'asile de Mondevergues durant les trente années de sa réclusion.

Même si les divers protagonistes sont convoqués (le père protecteur, la mère et la sœur toujours distantes, le sculpteur Rodin, maître et amant par qui le scandale arrive dans cette famille attachée aux convenances), c'est bien le duo formé par le frère et la sœur qui occupe le devant de la scène. Toujours ailleurs, consul puis ambassadeur aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, au Brésil, en Europe, Paul éprouvera à son tour l'amour fou pour celle qu'il appellera Ysé, avant de s'enfermer dans un mariage chrétien et de finir en châtelain de Brangues, tandis que Camille continue à attendre ses rares visites, assise sur sa chaise dans le parc de l'asile.

C'est là qu'intervient la robe couleur d'océan, pour cette unique journée de la fin de sa vie où son frère l'aurait emmenée au bord de la mer, à sa demande. Et où ils auraient peut-être parlé ensemble de l'amour et de la mort, de la passion folle et de la violence du désespoir. Cette marche sur le sable et cette conversation fictive sont une belle trouvaille de Michèle Desbordes, qu'on dirait inventée pour illuminer la fin de Camille: elle meurt presque oubliée de tous, en automne 1943, victime sans doute des restrictions alimentaires. Et murmurant, comme autrefois elle appelait: «Mon petit Paul, mon petit Paul.»

Sur Claudel, signalons la récente biographie de Marie-Anne Lescourret parue Flammarion.