Comme pour le précédent, Ce qu’est l’homme (qui fut finaliste du Man Booker Prize en 2016), le cinquième livre de l’écrivain britannique d’origine hongroise David Szalay floute à nouveau la distinction entre le roman et le recueil de nouvelles. Les chapitres fonctionnent comme des histoires distinctes et autonomes. Mais elles sont interconnectées et s’emboîtent les unes après les autres dans un mouvement circulaire. David Szalay reprend aussi, dans chaque chapitre, le même procédé narratif: reviennent régulièrement la rencontre entre un personnage principal et un autre secondaire, lequel devient le personnage principal du chapitre suivant, croisant lui-même un nouveau personnage secondaire qui devient le principal de l’histoire suivante et ainsi de suite jusqu’au dernier chapitre, qui ferme la boucle en reprenant le personnage secondaire de la première histoire.

Si Ce qu’est l’homme penchait plutôt du côté du roman avec ses longs chapitres pour 560 pages, Turbulences tend plutôt du côté du recueil de nouvelles avec ses douze chapitres éclair d’une dizaine de pages seulement. Cela dit, les deux livres sont estampillés «roman». Alors que les neuf personnages du premier étaient dispersés aux quatre coins de l’Europe, s’interrogeant sur la masculinité au XXIe siècle et l’Europe moderne, les douze personnages du second prennent le large et voyagent aux quatre coins de la planète, affectivement déconnectés dans un monde pourtant ultra-connecté.