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Une image extraite de la série Atypical, sur Netflix.
© Netflix

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«Atypical», l’autisme à l’écran

Sortie à la mi-août, une série Netflix raconte le quotidien d’un ado atteint de troubles neurologiques. Une nouvelle représentation de l’autisme à la télévision qui suscite des réactions, mais ne fait pas l’unanimité

Déterminé, le jeune homme se rend au comptoir et harponne le pharmacien. «J’aimerais acheter des préservatifs pour avoir une relation sexuelle. Je pourrais les essayer avant?» Regard interloqué de la blouse blanche. «On ne m’avait encore jamais posé cette question!» L’effronté s’appelle Sam Gardner. Dix-huit ans, mèche sagement plaquée sur le front, cœur enhardi et… autiste. La scène, délicieusement embarrassante, est tirée d’un épisode d’Atypical, une nouvelle série américaine signée Netflix dont Sam est le personnage central.

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Disponible sur la plateforme de vidéos depuis la mi-août, Atypical raconte, sur un ton mi-sitcom mi-sérieux, le quotidien de ce lycéen, interprété par Keir Gilchrist (It Follows) et dont le cerveau fonctionne un peu différemment des autres. Sam ne supporte pas le bruit ambiant ni le contact visuel, il ne peut s’empêcher de remuer les bras ou les mains et ne comprend pas le second degré. Comme tout le monde, il tente pourtant d’affronter le tourbillon de l’adolescence, entre les cours, son job dans un magasin d’électronique et la maison, où l’attendent une mère envahissante et un père désemparé. Comble du tout, voilà que leur fils s’est mis en tête de se trouver une petite amie… et de «conclure» au plus vite. Situations cocasses en perspective.

Le phénomène «Rain Man»

Dès l’annonce de sa sortie, Atypical a fait couler des litres de cyber-encre. Sur les réseaux sociaux, les questions étaient nombreuses et les attentes élevées. Et pour cause: rares sont les séries télévisées dont le héros souffre d’autisme. Pendant des années, la seule représentation de ce handicap sur les écrans s’est résumée à Dustin Hoffman, rendant franc fou son cupide de frère dans Rain Man. C’était en 1988, le film faisait un carton et pour la première fois, l’autisme se retrouvait sous le feu des projecteurs. Dès lors, Raymond Babbitt et sa démarche oblique incarnent, dans l’imaginaire collectif, ce trouble encore mystérieux.

Mais les choses évoluent, et l’autisme s’invite petit à petit dans nos fictions télévisées. Outre Atypical, une deuxième série autour du même thème débarquera en septembre prochain sur la chaîne américaine ABC. Au lieu d’un ado émoustillé, The Good Doctor met en scène un jeune chirurgien atteint d’autisme et du «syndrome du savant», qui se traduit notamment par une mémoire photographique inouïe lui permettant de repérer chez ses patients les plus petites anomalies.

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«Nerd» attachant

Une bonne nouvelle, alors que ce handicap toucherait plus d’un enfant sur 70 aux Etats-Unis? L’enthousiasme n’est pas unanime. Des voix se sont récemment élevées pour dénoncer une énième représentation stéréotypée de l’autisme: celle d’un jeune homme incompris mais foncièrement brillant, un nerd drôle, attachant et au physique avantageux, qui plus est. Bref, un Atypique… plutôt typique. «Sam est en quelque sorte l’enfant-modèle, en version autiste. Il est certes malpoli, mais tous ses comportements les plus délicats ne sont évoqués qu’à l’imparfait dans la série. Pourquoi la quasi-totalité des personnages autistes dans les films sont-ils comme lui?» s’interroge le Guardian.

Comme lui, c’est-à-dire de type Asperger ou à «haut niveau de fonctionnement». Des individus pouvant vivre en totale autonomie et que l’on associe fréquemment à de petits génies. Pour ne citer qu’eux: le chirurgien de The Good Doctor, Sheldon Cooper du très populaire The Big Bang Theory (2007) ou encore Sonya dans la version américaine de The Bridge (2013). «On en voit souvent à la télévision parce que leurs capacités exceptionnelles fascinent le public, détaille Yves Crausaz, président d’Autisme Suisse romande. Mais cela ne représente qu’un tiers des cas environ. La partie sous-représentée, celle qui ne parle pas, est un peu moins glamour.

«Pas ma vie!»

Un raccourci qui entretiendrait une image réductrice voire stigmatisante des autistes. La solution avancée? Offrir ces rôles à des acteurs eux-mêmes atteints du syndrome, capables d’enrichir le scénario de leurs expériences personnelles. Ce n’est pas le cas de Keir Gilchrist d’Atypical, bien que la productrice de la sitcom, Robia Rashid, l’assure: elle a fait de longues recherches dans ce but et même engagé un consultant «qui a lu le script et regardé chaque coupe».

Pas suffisant pour certains, qui estiment que la devise de la communauté autiste, «Rien sur nous sans nous», n’est pas assez respectée à l’écran. Mais leur désir de représentativité télévisuelle est-il réaliste? «Le spectre est tellement vaste, il y aura toujours quelqu’un pour dire «ça, ça n’est pas ma vie!» assure Elvira David Coppex, membre du comité Autisme Genève et mère d’un petit garçon atteint de ce trouble neurologique. Si elle n’a pas encore regardé Atypical, les retours qui lui sont parvenus pour l’instant sont positifs. «D’autant que la série s’intéresse aussi à la famille, à l’impact de la situation sur le couple. Avoir un enfant, c’est intense, et je peux vous dire qu’un enfant autiste, c’est encore autre chose…»

Pas question non plus de se plaindre pour Yves Crausaz. «Bien au contraire. Un documentaire serait probablement plus complet et précis, mais une série comme Atypical touchera un bien plus vaste public. Et c’est tout ça de gagné!»

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