«Les mecs, vous êtes comme des presseurs de jus à froid. Vous êtes relou, on ne sait pas où vous ranger. Parfois vous servez à quelque chose, mais bon, globalement, vous êtes encombrants.» Mercredi soir, ça n’a pas été la fête des gars au Caustic Comedy Club, petite salle genevoise qui a fait de l’humour sa loi.

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Aude Bourrier y a présenté Dure à Queer, son nouveau solo comique dans lequel elle raconte son coming out «après 27 ans à sucer de la b…, autant dire le Vietnam!». Mais la trentenaire romande n’est pas mono-cible. Dans son show joliment cru, elle montre aussi les écueils de la drague entre filles. Ames délicates s’abstenir.

Sainte et enceinte

Quand vous entendez parler de «fissure anale», vous avez une image? Laissez Aude Bourrier vous expliquer. Mais d’abord, vous devrez passer par un «paquet hémorroïdaire de stade 4» et d’autres joyeusetés médicales… C’est que la comédienne d’origine bulloise n’a pas froid aux yeux et aime appeler un cul, un cul.

Ce qui tombe bien, puisque dans Dure à Queer, elle raconte son changement d’orientation sexuelle, élue par l’archange Gabrielle – avec deux ailes –, venue lui annoncer sa libération… Ah oui, petit détail de taille avant de dérouler la géographie du tendre au féminin: la comique arbore un ventre rond (l’accouchement est prévu pour avril), ce qui ajoute du piment à ses propos rentre-dedans.

Le gazon ne fait pas la tonte

La drague entre filles, donc. Déjà, quand elle a fait son coming out, il y a six ans, Aude pensait qu’elle allait être «invitée à l’Assemblée générale du Gouinistan» avec trompettes et flonflons. «Que dalle, personne ne m’a déroulé le tapis rouge, j’ai été obligée de prendre mon courage à deux mains pour aller choper de la gonzesse», rigole-t-elle.

Ensuite, la trentenaire s’est heurtée à un autre constat qui a jeté un froid. «Contrairement aux femmes hétéros, les femmes homos ne simulent pas.» Du coup, grand moment de solitude, lors de sa première conquête: «Je touillais, touillais, l’autre ne lâchait pas sa poker face.» Conclusion, «c’est pas parce que t’as du gazon que tu sais tondre la pelouse», lance la comique à un public très féminin qui s’esclaffe.

3600 euros pour un bébé

Elle est ainsi Aude Bourrier. Directe, frontale, sans filtre. C’est sa force, d’autant qu’elle distille cet humour trash avec sa jolie frimousse et son air amusé, presque distingué. Et le bébé alors? On y vient, on y vient.

Tout en jetant des regards à son amoureuse assise dans le public, Aude donne deux pistes de procréation assistée. Le Danemark où l’insémination artificielle est une formalité. Et l’achat de sperme sur internet. «Pour 3600 euros, tu peux avoir trois fioles et 80% de risque que ça ne marche pas. Regardez le résultat!» sourit-elle, ventre en avant, tout à son éclat. Evidemment, sa mère, qui est «une affiche de l’UDC en quatre dimensions, car elle a aussi le son», lui a demandé qui était le père. Visiblement – et ceci est un petit conseil aux boomers –, c’est la chose à ne pas faire…

D’ailleurs, pas sûr que les hommes ne soient pas un jour dispensables, tente la comique. Un petit requineau n’est-il pas né dans un aquarium occupé exclusivement par des requines?, rapporte-t-elle avant de lâcher: «Ah, les miracles de la parthénogenèse. De quoi espérer!» Son dernier geste? Un large sourire aux rares hommes de l’assemblée.