Roman

Aude Seigne et les petites illuminations du voyage

Aude Seigne a remporté le Prix du Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo avec Chroniques de l’Occident nomade.

Genre: roman
Qui ? Aude Seigne
Titre: Chroniques de l’Occident nomade
Chez qui ? Ed. Paulette, 136 p.

Parmi les finalistes du Prix Nicolas Bouvier, au dernier Festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo, la toute jeune Aude Seigne avait pour rival Philippe Forest. Au trop imposant Le Siècle des nuages, le jury a préféré les Chroniques de l’Occident nomade, où souffle plus légèrement le vent des routes. Cinquième lauréate, Aude Seigne succède à deux auteurs confirmés dans le registre du récit de voyage, Colin Thubron et Lieve Joris, et à deux débutants, Blaise Hoffman (Estive, chez Zoé) et David Fauquemberg (Nullarbor, Hoëbeke). C’est une bonne idée d’accompagner un bout on the road un jeune auteur qui se risque avec talent sur la voie largement fréquentée du récit de voyage.

Les Chroniques publiées par les Editions Paulette à Lausanne répondent à cette envie de regard neuf. Elles offrent une succession de petits tableaux, des instantanés rapportés des voyages accomplis depuis l’adolescence, le premier en Grèce, à l’âge de quinze ans. C’est là, sur un bateau, que se dévoile «la possibilité de l’abîme» en même temps que celle «du bonheur absolu». Un de ces satori, ces brèves illuminations que Nicolas Bouvier a su saisir et restituer, qui sont la vraie raison du voyage. Aude Seigne fait référence, bien sûr, à l’«état nomade», cette contradiction dans les termes, mais elle use des citations de Bouvier avec économie, et son récit ne doit qu’à elle.

Ces Chroniques offrent un alliage très plaisant de trivialités intimes, de choses vues ou lues, de réflexions plus générales sur la marche du monde (ce n’est pas là qu’elle est la meilleure pour le moment). Comme elle l’a vécu elle-même au retour d’un pays de l’Est, à Olomouc, elle dit se sentir parfois «trop petite pour ce que je vivais». Ce sentiment lui donne une modestie sympathique. Pour la jeune fille, l’ailleurs signifie aussi la découverte, parfois la désillusion, de l’amour. Elle retrace les instants de volupté, de fusion; l’ennui; les ennuis; les rencontres, souvent manquées. Et les lectures, qui donnent leur couleur au voyage et, à leur tour, reçoivent celle du lieu. Quand Aude Seigne écrit: «Je lis L’Idiot à Ouagadougou», ou qu’elle raconte comment L’Education sentimentale l’aide à supporter sa maladie à Adélaïde, elle touche juste. Bref, le bric-à-brac de la route, elle sait bien le rendre, jusque dans ses maladresses de débutante.

Elle retrace les instants de volupté, de fusion; l’ennui; les ennuis; les rencontres, souvent manquées

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