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«Au-delà des murs», la fiction labyrinthe d’Arte

La chaîne culturelle montre jeudi une minisérie qui s’essaie au fantastique psychologique. Un pari plutôt réussi

Lisa est une médecin un brin troublante, qui prétend être mariée alors qu’elle vit dans une grande solitude, passant ses soirées à taper des textes – on ne saura trop à quel propos. Elle semble fascinée par une maison à l’aspect néogothique de l’autre côté de la rue. Jusqu’au jour où elle apprend que son propriétaire, décédé, la lui a léguée. Elle s’y installe, et sa vie nocturne déjà agitée par un cauchemar récurrent prend une nouvelle dimension. La maison se fait labyrinthe, sa découverte devient une aventure parfois dangereuse, entre créatures malfaisantes et pièges intérieurs…

La difficulté du fantastique

Ainsi commence le nouveau pari soutenu par Arte, qui diffuse la minisérie ce jeudi soir. Avec trois épisodes, «Au-delà des murs» joue une carte rare en France, le fantastique. Entendu lors du dernier festival «Séries Mania», le cocréateur Hervé Hadmar notait que «la difficulté de la série ou du cinéma fantastique en France, c’est que l’on ne sait plus faire. Tous les corps de métier ne sont plus versés dans ce genre. Or le fantastique exige une très grande précision.»

Il a fallu expérimenter, d’autant qu’«Au-delà des murs» joue sur plusieurs dimensions et tableaux. L’actrice belge Veerle Baetens s’y promène avec une détermination croissante – l’évolution de son personnage constitue d’ailleurs l’épine dorsale du récit. Elle raconte: «J’aime les films d’épouvante, mais ils sont rarement bien faits. Le plus dur était de bien suivre les évolutions du perso sans aller trop vite, ne pas se trouver à bout de souffle.» Hervé Hadmar précise: «C’est une séance de psychanalyse. Même les papiers peints de la maison sont des tests de Rorschach…» Dans ses dédales, la protagoniste croise une énigmatique Geraldine Chaplin.

Hervé Hadmar a écrit et réalisé avec son complice habituel, Marc Herpoux. Ils ont notamment créé «Pigalle la nuit» et «Les Oubliés». Cette fois, ils se sont adjoint l’aide d’une autre scénariste, Sylvie Chanteux, qui a approfondi le personnage de l’héroïne alors que les deux garçons allaient «trop dans le sens d’un jeu vidéo, à passer les murs», admettent-ils; «La maison prenait trop d’importance.»

Autre défi: le format

L’expérience dépasse le genre, elle touche aussi au format. Trois épisodes de 52 minutes, c’est court, d’autant qu’Arte ne feuilletonne pas, les dévoilant en bloc. L’aventure montre le poids que prend la production de TV. Lorsqu’on lui demande pourquoi ne pas avoir envisagé un film, Marc Herpoux note que «nous tenions à trois parties». Hervé Hadmar ajoute: «Je ne suis pas sûr que cela marcherait en film. En salles ce ne serait pas dans les critères, il faudrait davantage d’action. Ce que nous avons fait ne correspondrait pas au marché. La télévision offre plus de liberté.»

En début d’année, Arte a fait, avec «Trepalium», une proposition de science-fiction trop édifiante pour convaincre, et encore moins séduire. Grâce au tandem Hadmar-Herpoux, qui devient central dans le paysage français, la chaîne culturelle réussit l’expérience fantastique, grâce à cette déambulation intérieure, doublée d’une pichenette finale.


Au-delà des murs. Arte, jeudi 22 septembre, dès 20h50.

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