L’été sur la route

Au-dessus des volcans

Ils s’appellent Vulcano, Stromboli, Etna et imposent leurs humeurs au sud de l’Italie depuis la nuit des temps. 
Visite à trois vieux fumeurs devenus mythiques

Pour les amateurs de volcans, ces derniers temps, la boussole pointait obstinément au nord. Eyjafjallajökull, Bardarbunga, Grimsvötn: des cracheurs de feu aux noms dignes d’un roman d’heroic fantasy, émergeant des brumes d’Islande, pays de mousse et d’elfes. Le cadre idéal pour attiser le mystère du voyage. Mais il faut parfois savoir retourner la carte. Et écouter le vent du sud porter vers nous des sonorités mythologiques: Vulcano, Stromboli, Etna. Des volcans méditerranéens, l’un dominant la ville de Catane en Sicile, deux situés dans l’archipel des Eoliennes, à trois heures de là. Ils sont plus proches que leurs cousins d’Islande. Plus faciles d’accès, plus actifs. Et tout aussi spectaculaires. On peut même en faire l’ascension en bras de chemise, de mai à octobre, avec vue panoramique sur la mer. Le vrai luxe.

En survolant l’Etna, sa rotondité mal dégrossie, ses gris diffus, ses oripeaux de neige traînassant au printemps, impossible d’imaginer le monstre que l’on découvre de près. Un volcan de 50 km de diamètre, quatre cratères sommitaux toujours fumants, près de 300 bouches latérales prêtes à cracher la lave. Son altitude? Des chiffres variés tournent autour de 3300 m. Et pour cause: chaque éruption, chaque effondrement, modifie sa hauteur. Et l’Etna a connu près d’une centaine d’éruptions en un siècle. «Aux dernières nouvelles, sa hauteur était de 3343 m», sourit Ugo Esposito, aventurier et vulcanologue, l’un des meilleurs connaisseurs de l’Etna. Il est né sur ses pentes. Il a connu une quarantaine d’éruptions. «J’aime les volcans, car ce sont des montagnes vivantes. Tu les vois respirer au jour le jour.»

Grotte des Framboises

L’Etna est un monde en soi. Pour l’appréhender, le mieux est de crapahuter sur son dos. Côté nord, le moins urbanisé, le plus sauvage. Le sentier serpente à travers des forêts de pins laricio, de hêtres et de bouleaux, aux troncs blancs entrelacés. La végétation s’espace, laissant place aux genêts. Quelques arbres calcinés, aux silhouettes d’oiseaux morts. La lave apparaît. Ou plutôt, les laves. «On distingue les coulées récentes, très noires, des plus anciennes, grises ou rouges», explique Alberto, guide, qui désigne la lave sous toutes ses formes: «Cordée, en canon, bombes, gratons, scories…» Cela aide à la compréhension du volcanisme, un phénomène parfois complexe. L’activité de l’Etna serait due à la subduction (enfoncement) de la plaque africaine sous la plaque eurasienne. Mais certaines théories évoquent plutôt un «point chaud»: une zone du manteau terrestre soumise à des températures très élevées.

L’Etna est un volcan dit rouge, ou effusif. Il ne crache pas les nuages de gaz et de cendres tueurs, comme le Vésuve. Mais il peut lâcher des torrents de lave, qui menacent les vingt communes alentour. Alberto montre la coulée de 2002, qui a détruit entièrement la station de ski de Piano Provenzana. Il conduit ensuite la dizaine de randonneurs jusqu’à une «boutonnière», nom donné à une suite de bouches effusives ouvertes en ligne droite. Avant de s’enfoncer dans la grotte des Framboises, en réalité un tunnel de lave figé au XVIIe siècle, digne du Voyage au centre de la Terre. Dans le roman de Jules Verne, les aventuriers partis du Snaefellsjökull, en Islande, sortent d’ailleurs de terre non loin d’ici, au Stromboli.

Porte de l’enfer

Atteindre le sommet de l’Etna, rouge aux premières lueurs de l’aube, n’est pas difficile. Un téléphérique, puis des camions 4x4 conduisent à 2900 m. Les 400 derniers mètres sont l’affaire d’une heure et demie de marche, à petit rythme. Tout en haut, le spectacle est digne des enfers. Un profond cratère d’où s’échappent des fumées acides; des dépôts soufrés irrespirables; des fissures récentes laissant entrevoir de prochaines coulées. Et au loin, étonnant contraste, la grande bleue. Sentiment rare d’être au cœur des quatre éléments. A une heure et demie de voiture, puis 45 minutes d’hydroglisseur de l’Etna, voici Vulcano. Une île qui tient son nom du dieu romain du feu, Vulcain. A la descente du bateau, sa présence se fait déjà sentir: parfum d’œuf pourri, assorti de fumées nauséabondes sortant des murets et du trottoir. Côté plage, des touristes se livrent à des bains de boue curatifs. Comme toutes les Eoliennes, Vulcano tire son activité du tourisme. Si la plupart des hôtels sont posés au bord de mer, le village originel est situé sur un plateau, que l’on découvre du sommet de l’île.

Le cratère de la Fossa se trouve à 391 m d’altitude. Une grosse heure de marche, pas plus. De préférence en fin d’après-midi, à l’heure où les températures baissent. Et où les lumières orangées du crépuscule donnent à la zone géothermique ses plus belles couleurs. Les solfatares sont ocre, bleu, rouge. Les fumerolles drapent les chaos de pierres d’un halo étrange, d’où émerge parfois un marcheur. Le regard porte sur tout l’archipel. Lipari, l’île principale, au magnifique champ d’obsidiennes, pierres volcaniques d’un noir luisant. Derrière, Salina et ses cratères jumeaux, dont l’ascension, le lendemain, sera rude. Au loin, Alicudi et Filicudi, les plus préservées, où l’électricité n’est arrivée qu’au tournant des années 1990. On devine l’élégante Panarea, l’île préférée des jet-setters. Et au loin, Stromboli, fumant dans la nuit.

Cône parfait

Stromboli est la plus éloignée des Eoliennes. Vu depuis l’hydroglisseur, c’est un cône parfait posé sur l’eau. Dès l’embarcadère, des panneaux expliquent les risques de tsunamis. Dans les ruelles étroites du village, des flèches indiquent le point de rassemblement en cas de séisme. La vie à Stromboli est intimement liée aux humeurs de la terre. Les fréquentes éruptions, ajoutées aux difficultés économiques, ont poussé la population (4000 habitants au XIXe siècle) à fuir avec le temps. Il a fallu le film Stromboli (1949) de Roberto Rossellini, mettant en scène Ingrid Bergman – dont la maison au village est signalée par une plaque – pour que l’Italie s’intéresse à nouveau à ce bout du monde. Ainsi que les amateurs de volcans du monde entier.

Car le Stromboli est en activité permanente. En 2016, elle est plutôt faible. Cela n’empêche pas, en une heure passée au sommet, de voir jaillir quatre magnifiques fontaines de lave, entre plusieurs explosions sonores. Les deux cratères culminent à 750 m d’altitude, juste en dessous du balcon naturel que représente le sommet. Au crépuscule, c’est un spectacle fascinant… et sans danger. Un feu d’artifice de la nature qu’on peut aussi suivre depuis un voilier, en contrebas de la Sciara del Fuoco (l’allée de feu), la pente qu’empruntent les débris volcaniques pour dévaler jusqu’à la mer. Pour les marcheurs, la descente jusqu’au village à la lueur des lampes frontales est incroyablement douce, sur un tapis de cendres. En file indienne, dans un silence recueilli, comme à la sortie d’un temple païen.


Y aller

Easy Jet propose des vols directs Genève-Catane dès 30 francs suisses. Il faut y ajouter notamment les transferts en bus vers Milazzo (60 CHF l’aller-retour), les hydroglisseurs (environ 25 CHF entre chaque île), ainsi que les tarifs d’ascension du Stromboli (32 CHF) et de l’Etna (100 CHF).

Organiser son voyage

Pour profiter pleinement des randonnées et apprendre sur les volcans, mieux vaut choisir un circuit guidé. Terres d’Aventure propose une dizaine de circuits en Sicile et dans les Îles Eoliennes, notamment «Des Eoliennes aux terres volcaniques de l’Etna», un séjour accompagné de 8 jours, à partir de 1.600 CHF par personne, comprenant les vols depuis Genève, les transferts, l’encadrement, l’hébergement en pension complète (hors boissons), certains repas du midi, les taxes d’entrées dans les Eoliennes et les ascensions de Vulcano, Salina, Stromboli et Etna.

Terres d’Aventure, 19, rue de la Rôtisserie 1204 Genève. Tel: + 41 (0) 225180513.

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