Sam Stourdzé le jure d’emblée. Le directeur n’a pas programmé Audrey Tautou aux Rencontres photographiques d’Arles sur le simple fait de sa notoriété. «Beaucoup d’artistes connus se piquent de photographie, or le public de ce festival est exigeant. Il est difficile de regarder ces images en faisant abstraction de qui en est l’auteur, mais j’y ai trouvé une réflexion sur la question du portrait.» De fait, les curieux qui poussent jusqu’à l’abbaye de Montmajour découvrent une démarche davantage que de belles photographies.

A l’entrée, un mur est tapissé de tirages petit format. Sur chacun, un homme ou une femme plus ou moins souriants, le titre d’un film, le nom d’un journal, la date et l’heure. Ce sont les journalistes ayant interviewé Audrey Tautou après le succès d’Amélie Poulain. «Cela a été un tourbillon médiatique et je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie d’en garder une trace. C’était une manière de raconter tous ces nouveaux regards posés sur moi», rappelle la jeune femme cachée derrière de grandes lunettes.

Ensuite, c’est une série d’autoportraits réalisés à la va-vite dans les miroirs qui tapissent le chemin de la comédienne. On devine ici une chambre d’hôtel, là les toilettes d’un aéroport, peut-être une loge… La belle apparaît un bonnet vissé sur la tête, en pyjama, un masque de crème sur le visage. Est-ce une façon de tout partager avec le public? Un pied de nez à l’image sophistiquée que l’on attend d’une actrice française? Une manière de dire «Je reprends le contrôle»? «Je ne suis pas dans le contrôle car mon image ne m’appartient de toute façon pas, elle est dans le regard des autres. J’ai seulement voulu y créer quelques aspérités. Il s’agit à la fois d’un prolongement et d’un contre-pied à mon métier d’actrice. C’est ma véritable intimité que je livre ici – je pose au milieu de mes objets, je photographie avec ma technique – mais il est vrai que je décide de ce que je veux montrer», note l’intéressée.

Et l’on arrive à des autoportraits en grand format. Audrey en randonneuse, Audrey en diva parmi une montagne de sacs à main, Audrey rêveuse dans un nuage de tulle, Audrey avec pipe et lunettes à un bureau, Audrey nue au bord de l’eau, Audrey inculpée. Des vidéos tournées par des caméras de surveillance pour les animaux sauvages dévoilent en accéléré le making-of des prises de vue. Où l’on voit Audrey Tautou en femme orchestre, coudre un costume, bricoler un décor, naviguer entre la scène et l’appareil photographique… «Il y a six ans, un magazine m’a demandé un autoportrait. Je me suis beaucoup amusée et j’ai décidé de continuer en solitaire, sans en parler à personne. Je peux y passer quinze jours ou un mois, je fabrique tout. Puis je ne retouche rien. Je ne cache ni mes défauts ni ceux de la prise de vue.» Une première étape, peut-être, avant de passer derrière la caméra.


Audrey Tautou, Superfacial, jusqu’au 24 septembre à l’abbaye de Montmajour, Rencontres photographiques d’Arles.