Dès l’avant-propos, Marie-Hélène Miauton décourage les velléités nostalgiques et identitaires du Bellerin ou de la Bellerine: «Auguste Veillon est né en 1834 à Bex et fait partie de ces peintres dont s’enorgueillit le Chablais vaudois. Mais ce n’est pas principalement sous cet angle qu’il faut le considérer car il déménage tôt à Genève où se déroule toute sa carrière.» Même si le peintre, sa vie durant, a séjourné régulièrement dans la maison familiale, force est de reconnaître que ce voyageur insatiable, qui fut l’élève de François Diday à Genève, illustre l’école genevoise, et l’orientalisme dans sa version romande, davantage que la peinture régionale. Dans un ouvrage à deux temps, réservés le premier à une biographie fouillée, le second et le plus intéressant pour l’amateur à la place d’Auguste Veillon dans l’histoire de l’art, et aux composantes de sa peinture, Marie-Hélène Miauton et Marie Rochel offrent un bel hommage, et une belle découverte.

On en ressort aussi persuadés que les auteurs que cette place n’est pas reconnue selon la valeur d’une peinture proche de celle de François Bocion, et qui baigne dans l’atmosphère de sérénité, réaliste et poétique tout à la fois, des paysages de Corot. Mort à 56 ans au sommet de sa carrière et de son art, Auguste Veillon – comme Bocion, le peintre du lac – s’est émancipé de l’état d’esprit romantique de ses prédécesseurs, François Diday, Alexandre Calame, pour privilégier le calme et le silence, et la «palette diaphane» qui fait le charme de ses toiles. Ses levers et ses couchers de soleil n’ont rien de forcé, et respectent le caractère voilé des horizons, la transparence du soir, jusqu’à un camaïeu de gris et de mauve. «Tout cela est très simple, écrivait-il. Je veux chercher un effet peu coloré, délicat et nacré.»

«Homme pressé» porté au nomadisme, à une époque où une expédition en Orient n’avait rien d’une sinécure, Auguste Veillon n’a pas seulement longé les rives du Léman, sillonné les sentiers de l’Oberland et la lagune vénitienne et foulé les routes de Hollande, il s’est rendu à plusieurs reprises En Égypte, en Tunisie, en Palestine, y quêtant le pittoresque, mais un pittoresque sans excès qui, restitué avec brio et même modernité dans les croquis (telle cette frise intitulée Au désert, dans des tonalités opale), apparaît sobre et décanté dans les peintures exécutées en atelier. Oliviers, mosquées, cimetières, lacs et déserts, ces lieux peu fréquentés le sont parfois de silhouettes qui ont valeur d’accents, et de signes d’humanité, plus que de présence individuelle. Tout cela, l’ouvrage, dont le format allongé s’accorde à celui des paysages, le restitue avec précision, où déteint un peu de la grâce que le peintre imprimait à ses tableaux.

Auguste Veillon. Des barques du Léman aux felouques du Nil, par Marie-Hélène Miauton et Marie Rochel (Favre)