A Sion, le centre culturel de La Ferme-asile a 20 ans. Le moment phare de cet anniversaire aura lieu en mai avec le festival 20 ans/20 jours, mais les expositions programmées tout au long de l’année sont aussi l’occasion de réfléchir, célébrer, explorer… Après une exposition plutôt propice à l’introspection de l’artiste espagnol Jaume Amigo, L’Atelier général d’Augustin Rebetez est une proposition plus active, comme son nom l’indique, plus festive aussi, avec bars et concerts. Mais cette fête-là n’est pas que bonheur et légèreté. Elle est turbulences, expérimentation, inscription dans un réseau de références.

L’Atelier général est bien plus qu’un atelier, même si l’on y fabrique sur place des ouvrages, qu’on y imprime sacs et tee-shirts. C’est presque un village qui a été construit dans l’immense grange de la Ferme-asile, avec son kiosque, son bar, sa bibliothèque, ses chambrettes, et même son ring à manifestes. Un village un peu particulier donc, un peu comme dans un coin de la Gaule antique, un coin du Jura ou du Valais de toujours, comme dans la tête d’Augustin Rebetez tout simplement. On peut y flâner un jour où il ne s’y passe rien de spécial, s’asseoir à la table ronde de la bibliothèque, entouré des grandes photographies d’Agota Kristof, de Cortazar ou de Kubrik, feuilleter l’un ou l’autre des livres à disposition. Il y a là du sérieux: Sophocle, Musil, Malaparte…

Jeux de pistes et totems

On se détendra au cinéma permanent où passe en boucle un court-métrage qui semble à la fois un remake déjanté et le making of du film de Fischli & Weiss, Der Lauf der Dinge (le cours des choses). Ici, c’est comme dans la vie, tout ne s’enchaîne pas toujours comme prévu, et les réactions en chaîne bricolées pour la caméra offrent plutôt à rire qu’à s’extasier. Bricolage, voilà sans doute la marque de fabrique du maître de l’ouvrage. Tout ici a des allures de cabanes, de jeux de pistes, de totems. Tout se décline comme une invitation à rêver, à jouer, non pas pour oublier la réalité mais pour se l’approprier. Plus de mots que d’images dans cette installation géante où la poésie fait son nid. «Plus tu retrouves ta forêt, plus tu as envie de perdre le reste», «Viens caresser la barbe du gypaète/Lave tes yeux avec la terre humide», «Construire maison/trouver refuge, ériger des assemblages de mémoire, des agglomérats d’usures, entasser des morceaux de vécus, enchevêtrer des histoires, bâtir un repaire, apprivoiser la déroute»…

Une voix pour accompagner

Tout au long de la visite, une voix nous accompagne, celle de Jean Cocteau dans une petite installation vidéo aux allures de lanterne magique. L’artiste parle de la liberté de création, qui s’affirmerait avec l’âge, et il cite son ami Picasso: «On met très longtemps à devenir jeune».

A découvrir ainsi les coins et recoins de L’Atelier en solitaire, on se sent un peu comme Boucles d’or chez la famille ours. L’impression sera sans doute toute autre lors d’une visite guidée ou lorsque lectures, performances et concerts animent les lieux, et qu’on s’y balade un verre à la main. Car Augustin Rebetez n’est pas un artiste solitaire. Déjà, cet Atelier a été mis sur pied avec toute une bande de créateurs avec qui il collabore régulièrement, ainsi qu’avec des étudiants de l’ECAV (école d’art du Valais), mais en plus il a mis sur pied tout un programme avec des invités et les lieux deviennent par moments très habités.


Augustin Rebetez expose aussi au Musée des beaux-arts du Locle jusqu’au 19 mai (www.mbal.ch) et a monté un extraordinaire labyrinthe interactif pour l’exposition collective «Prière de toucher. Le tactile dans l’art», au Musée Tinguely de Bâle jusqu’au 16 mai (www.tinguely.ch).