Le mystère d’Aurélia. Elle s’envole devant vous, comme une gamine printanière, happée par un nuage pressé. A la Cuisine, scène provisoire du Théâtre de Carouge, Aurélia Thierrée était jusqu’à dimanche Mary Poppins et Arsène Lupin à la fois. Elle était surtout insaisissable comme les filles de feu de Gérard de Nerval – l’auteur vénéré d’Aurélia, justement –, transformant le hasard en providence, l’étincelle d’une acrobatie en feu existentiel. Son Bells and Spells, conçu, cousu, rêvé par sa mère Victoria Thierrée Chaplin vous laisse béat, tant ce spectacle ouvre grand les portes de la psyché.

La tribu des Thierrée forme une arche de Noé. Sur cette péniche de rêve règnent Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin. Le premier, comédien, troque, à la fin des années 1960, les planches contre un chapiteau. La seconde s’amuse des lois de la gravité sur un fil, ballerine et funambule. Ensemble, ils créent le Cirque Bonjour. Autour d’eux, poules, oies, jars cancanent comme des sénateurs. Pas de poils, non, mais des plumes. Et deux enfants cachés dans une valise à pattes: James et Aurélia. Ils apprennent ainsi le métier. Plus tard, chacun filera son destin: le garçon exorcise ses démons dans des pièces qui attirent les foules, à l’image de La Veillée des abysses et de Raoul; la fille, elle, apprivoise ses doubles dans Murmures des murs – au Théâtre de Carouge en 2012 – et L’Oratorio d’Aurélia.