Ce soir et demain soir, Aurore Jecker se produit au Théâtre du Grütli, à Genève, dans le cadre d’Antigel. La comédienne sera seule en scène, mais elle ne vient pas tout à fait seule. Dans son halo, on voit vite apparaître Helen W., une jeune femme qui lui ressemble étrangement, lui dit-on un soir d’été 2017, et que la comédienne décide de retrouver.

Jusque-là, rien de bien exotique. Sauf qu’Aurore Jecker n’accomplit pas cette recherche via internet, en «googlant» simplement le nom et le prénom de ce sosie. Depuis Fribourg où elle réside, elle décide de se rendre à Bâle à pied et de chercher à l’ancienne, en questionnant les passants, l'inconnue dont elle apprend qu’elle travaille dans un musée et qu’elle aime le skate-board. A coup de selfies et de photos à l’arrache, Helen W. raconte cette quête drôlatique qui permet de poser au public cette question assez essentielle: «Vit-on vraiment la vie dont on a rêvé?»

De Viola à Helen

Le sosie est un classique du théâtre. Particulièrement bien exploitée dans La Nuit des rois avec le travestissement de Viola en Césario – et, dès lors, sa ressemblance frappante avec Sébastien, son frère jumeau – la ressemblance est un formidable levier de quiproquos et de troubles, identitaires et amoureux.

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Dans sa quête, Aurore Jecker n’exploite pas le filon de la mystification propre à la féérie shakespearienne ou aux masques si fréquents chez Marivaux. Elle ne joue pas à être Helen W., ni à tromper l’entourage de la Bâloise. Mais, au fil de ce voyage rocambolesque qui l’emmène jusqu’au Liban ou, plus étonnant encore, jusqu’à l’émission L’Ecole des fans du mythique et disparu Jacques Martin, la jeune femme vit bien un trouble identitaire, puisquelle finit par réaliser avec une pointe d'ironie que «la vie de son sosie est plus stylée que la sienne»...

Fiction ou réalité?

Découvert au festival Belluard Bollwerk, à Fribourg en 2019, ce solo amuse et intrigue. D’une part, on ne sait jamais jusqu’où cette démarche est fiction ou réalité. D’autre part, on ne peut s’empêcher de penser aux faux profils que les gens s’inventent pour briller sur le web à défaut de séduire dans la vraie vie. Avec ce risque, cruel, qui menace chaque apprenti sorcier: finir par préférer ces existences de papier à sa propre épopée.

Helen W., les 3 et 4 février, Théâtre du Grütli, Genève, dans le cadre d'Antigel