Autels particuliers

A l’initiative du Mamco, quatre artistes contemporains exposent leurs regards sur les lieux de culte au Musée de la Réforme

L’homme vit dans les cavernes, les palaces, les pavillons de banlieue ou le béton brut des architectes. Dieu aussi. C’est ce que montre malicieusement l’exposition conjointe du Musée international de la réforme (MIR) et du Mamco. Pour marquer ses 20 ans, le musée d’art contemporain s’invite dans diverses institutions genevoises. Le MIR, qui fête sa première décennie, est ravi de sortir de son cadre en accueillant les travaux de photographes contemporains, «une expérience unique de décentrement» selon les termes de sa directrice Isabelle Graesslé. Quatre regards, donc, sur le thème du «Ciel devant soi. Photographie et architecture religieuse». Quatre brèves monographies qui semblent dire que si le diable est dans les détails, Dieu peut être chez lui partout.

Il y a d’abord l’intéressant travail documentaire de David Spero. Dans les banlieues londoniennes, le Britannique a photographié les lieux de culte et leurs entrées plus ou moins discrètes. Edifice de tôle entouré d’un parking type supermarché, garage, pavillon, premier étage marqué d’une banderole, devanture qu’on jurerait de cabaret ou maison le long des rails. Il faut approcher les yeux pour s’apercevoir que ces endroits arides ou pour le moins anonymes abritent «L’Eglise du Nouvel Espoir» ou celle du Mont Zion.

«Les images sont pauvres, les lieux ingrats. C’est en lisant les pancartes que l’on découvre qu’ils sont investis par des communautés religieuses pour y vivre une ­expérience sacrée, note David Lemaire, commissaire de l’exposition et conservateur adjoint au Mamco. On se trouve face à une sorte de postmodernité dérélictante, mais il y a de l’humour également dans cette enquête. On voit que les églises se trouvent souvent à côté de fish and chips et l’on pourrait réinventer la multiplication des pains et des poissons. Une autre est située dans une voie de garage…»

Angèle Laissue, elle aussi, a travaillé sur des lieux de culte plus ou moins improvisés. Mandatée par le Mamco pour participer à cette exposition, elle a choisi de se tourner vers les assemblées du désert après avoir visité la salle dédiée au Musée international de la Réforme. Dans les Cévennes, elle a photographié la grotte de la Baumelle, où s’est tenue une cérémonie protestante dans la nuit du 26 au 27 décembre 1688, après la révocation de l’édit de Nantes. Les soldats ont découvert la cache et la caverne a été murée sur ordre royal, puis redécouverte dans les années 1970 seulement. Face à son tirage monumental et pictural de roche gris-bleu éclairée à la torche, quelques clichés pris au Musée du désert, à Mialet. Pierre lithographique, tableaux représentant ces réunions secrètes de protestants devenus indésirables, accessoires de circonstance telle cette incroyable chaire repliable en tonneau à grains.

Pendant moderne et maîtrisé de la grotte, les églises dénudées de Christof Klute, à Sarnen ou Firminy (Le Corbusier). Confronté au défi de représenter photographiquement la trace de Dieu en sa chapelle, l’Allemand s’est attaché à celle des architectes modernes. Parois grises, bancs de pierre, courbes de béton brut sont autant de signatures ou de marques de la volonté d’un créateur, humain.

En écho encore, puisque tous ces travaux se répondent, la série «Séduction» de Cyril Porchet, entrevue à de nombreuses reprises mais exposée pour la première fois dans son entier. Dix images qui ont valu au jeune Ecalien un Prix fédéral de design en 2010. «C’est l’incarnation la plus flamboyante de la contre-Réforme exposée au Musée de la Réforme», se réjouit David Lemaire. Des chœurs d’églises photographiés en Andalousie, en Autriche ou en Amérique latine, tous foisonnant de dorures, de colonnes, d’angelots et de personnages divers, tous bruissant de détails et claironnant la puissance de l’Eglise catholique. Du clinquant rendu plus kitch encore par l’utilisation d’une grande focale destinée à aplatir le relief. Et l’intérieur baroque ressemble tout à coup à un gigantesque poster que l’on aurait bien vu chez notre aïeul italien.

Le Ciel devant soi. Photographie et architecture religieuse, jusqu’au 25 octobre 2015 au Musée international de la Réforme, à Genève. www.mir.ch

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