Poète solaire, Mathieu Bertholet dirigera Le Poche à Genève

L’auteur d’origine valaisanne succédera à Françoise Courvoisier à l’été 2015

Un coup fumant! Mathieu Bertholet, le plus solaire des auteurs romands, succédera à l’été 2015 à Françoise Courvoisier à la tête du Poche de Genève. C’est ce qu’ont annoncé vendredi Thomas Boyer et Gérard Deshusses, respectivement président et vice-président de la Fondation d’art dramatique (FAD). L’organe, qui chaperonne le Poche et la Comédie, a eu la main heureuse. Mathieu Bertholet, 36 ans, est un trafiquant de mots et de formes, attentif aux dispositifs narratifs, généreux dans ses engagements, inspirant dans ses réflexions, qu’elles portent sur l’architecture, la danse ou l’écriture.

Mais pourquoi Mathieu Bertholet, choisi parmi 28 candidats, dont beaucoup d’excellents, note Gérard Deshusses? Pourquoi lui, qui enseigne l’écriture dramatique à l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre à Lyon? Parce que son projet est détonant, souffle Virginie Keller, cheffe du Service des affaires culturelles de la Ville. Mais que propose-t-il, au juste, de si novateur?

Un premier galop au féminin

Une ligne exclusivement contemporaine, d’abord, de nature à distinguer Le Poche sur le damier théâtral romand. Au programme, dès la saison 2015-2016, seuls les auteurs vivants auront droit de cité. Avec, en guise de premier galop, un parti pris: que des plumes féminines à l’affiche!

«Je prends la place d’une femme, c’est ma manière de marquer le coup», s’amuse Mathieu Bertholet. Autres décisions: Le Poche s’attachera chaque saison un auteur différent, qui écrira en résidence; il se dotera encore d’un comité de lecture chargé de constituer les saisons. Elitiste? Le futur directeur promet de faire passer le courant. A cet effet, il créera des spectateurs-relais, dont la mission sera d’élargir le cercle des intéressés. A cet effet aussi, il imagine des soirées composées de plusieurs pièces brèves, façon de mettre en résonance des intelligences.

Panache? Sens prononcé de l’éthique? Lui-même s’engage à ne pas se programmer, ni comme metteur en scène, ni comme auteur. Et s’il entend bien monter un spectacle à l’extérieur tous les deux ans, il rétrocédera son cachet au Poche. Ainsi va donc le Valaisan Mathieu Bertholet. Ardent. Abscons parfois dans ses écrits. Sensible aux expériences formelles, comme en témoigne son compagnonnage avec l’équipe du Grütli, Michèle Pralong et Maya Bösch, entre 2003 et 2006, ou sa collaboration avec les metteurs en scène Anne Bisang et Marc Liebens.

A Berlin, où il a vécu dix ans, il épinglait sur des tableaux des scènes entières, des répliques, des images, tout un matériau qu’il organisait au dernier moment. Œuvre ouverte, dira-t-on. Mathieu Bertholet est un homme-passerelle. Une chance pour le théâtre.