Country. Charlie Haden Family & Friends. Rambling Boy(Decca/Universal).

On l'avait presque oublié. Depuis qu'il repeignait le jazz à coups de canon, 1960, chez Ornette Coleman. Et qu'il alignait les chants sandinistes, guévaristes, communards, dans le Liberation Music Orchestra. Charlie Haden vient du Missouri, un Etat qui vient, à retardement, d'élire John McCain à la présidence. A la radio, il y a presque 70 ans, le père de Charlie l'annonçait sur les ondes en «cow-boy yodleur de deux ans». Dans la tradition de la Carter Family, des Stanley Brothers, le contrebassiste convoque les siens pour un disque mémoriel, rieur, de ballades au coin du foin. Pas si étrange que cela. Une dizaine d'années après la parution de Beyond the Missouri Sky, en duo avec le guitariste Pat Metheny, où ils taillaient doux la mélodie américaine, la tierce facile et le chant patriarcal des palefreniers sudistes. Plus qu'une blague.

Avec Josh Haden, son crépiteux de fils, chanteur du groupe Spain, avec ses filles triplettes, sa femme Ruth, Elvis Costello dans un recoin du refrain, l'acteur et beau-fils Jack Black, toute une bande de rockeurs démantibuleurs, de free-jazzistes, qui cousent des étoiles décalées sur le drapeau de l'union. Charlie Haden, 71 ans, possède un son d'acacias millénaire, de chansonnier roué. Ce disque vous met des frissons de fin d'ère. Réappropriation délicieuse de la mélopée cavalière par des gauchistes de la pure engeance. Reprise en main d'un répertoire (country, bluegrass) qu'on associe lâchement aux blancs bonnets républicains. Dans «Is this America?», avec Metheny, Haden revient sur Katrina, l'ouragan qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005. Musique engagée car engageante.