Autour de Nina Simone

Dix voix disparates cherchent et trouvent l’inspiration dans le répertoire d’une diva avérée

Genre: JAZZ
Qui ? A tribute to Nina Simone
Titre: Round Nina
Chez qui ? (Verve/Universal)

On aurait pu faire appel à des voix consensuelles, aréopage d’auréolés façon Norah Jones, Lady Gaga ou Jamie Cullum, et cartonner à coup sûr au box-office: plus un tribute est insipide et ronflant, plus il a la cote, c’est la règle aurifère, tristement inchangée, du show-biz. Soit la manière la plus sûre de rater le rendez-vous avec le répertoire de Nina Simone, qui appelle un tout autre doigté.

Le livret les fait défiler à la queue leu leu, pour chaque artiste une belle photo, un petit texte sur les origines de la chanson élue, une bafouille floue à souhait sur les mérites de l’interprétation ici proposée. Et c’est vrai qu’ils (elles) sont disparates, les dix croisé(e)s sélectionné(e)s pour ce grand plongeon dans l’œuvre apparemment inappropriable d’une chanteuse aussi inespérée (implanifiable, imprévisible, inclassable) que l’altière Nina.

Il y a pourtant une unité, de surprise (d’audace dans la réappropriation) plus que de registre, entre ces voix qu’on sent attirées par tout autre chose que le cacheton: chacune a dû rêver une nuit ou l’autre d’interpréter du Nina Simone et de s’en sortir avec les honneurs. Tout est défendable, parfois franchement inspiré, dans ces versions décalées: Hindi Zahra affiche sur «Just Say I Love Him» un phrasé fissuré, dispensateur des frissons les moins édulcorés; Melody Gardot montre qu’avec un vrai répertoire elle est tout autre chose qu’une nunuche arbitrairement starisée; Sophie Hunger réintroduit la démesure dans ce qui était à l’origine, avant que Nina s’en empare, une sorte d’hymne à l’extravagance, l’emblématique «I Put A Spell On You» de Screamin’ Jay Hawkins. Décoiffant.