L'Indiscrétion des frères Goncourt (Grasset, 260 p.): pour ces deux cueilleurs de ragots, l'indiscrétion était une méthode de travail plus qu'un défaut. De 1851 à 1870, ils ont tenu ensemble sans relâche leur Journal, puis, après la mort de Jules, Edmond a continué seul jusqu'en 1896. Ils étaient craints, ménagés, détestés. L'essai de Robert Kempf montre bien pourquoi tant de haine: ils étaient misogynes, d'un antisémitisme nauséeux, chargés de la «mission» de témoigner des turpitudes. Leur vie était un marathon de mondanités rigoureusement réglé, chez la princesse Mathilde, chez les Daudet, et dans tous les salons qui comptaient. Rien à sauver? Si, le style de ces écrivains, critiques d'art et de théâtre, biographes, dramaturges et romanciers. Et leur troublante gémellité littéraire.