Ce prix est une réparation: étudié dans les écoles d'Israël, Aharon Appelfeld était méconnu du public francophone jusqu'à cette rentrée qui a vu quatre de ses livres publiés. Histoire d'une vie (L'Olivier, 238 p.) parle avec «une terrible douceur» de l'enfance de l'auteur. Il a dix ans en 1942 quand il s'enfuit dans les forêts des Carpates, échappant aux camps. Il a fallu un demi-siècle à Appelfeld pour regarder avec assez de distance son errance pour échapper aux pogroms. Et que dégèle la source des mots. C'est mutique, bègue, muni de deux langues – le yiddish et l'allemand – également inutilisables – que le jeune homme est arrivé en Palestine. Il lui a fallu lentement reconquérir la parole pour faire revivre le monde des juifs d'Europe centrale et échapper à sa condition d'orphelin.