Sur la pelouse du Wörthersee Stadion, en lieu et place des joueurs qui se disputent d’ordinaire un ballon, des dizaines de sapins blancs, pins noirs, érables champêtres, frênes, mélèzes, bouleaux, hêtres ou encore tilleuls se dressent désormais dans le ciel bleu de Klagenfurt, au milieu de fougères et de copeaux de bois. Dans les tribunes presque vides, çà et là, de petits groupes de visiteurs de tous âges regardent, l’air médusé, cet étrange et saisissant spectacle. Le temps semble comme suspendu. Une étonnante force poétique se dégage de cette forêt improbable, de cette installation éphémère composée de quelque 300 arbres transplantés, ici, pour quelques semaines.

Serein et apaisé, le visiteur ressent en même temps une invitation à faire une pause. «On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste», lançaient, en 1973, Gébé, Doillon, Rouch et Resnais dans leur film libertaire L’An 01, qui appelait à l’abandon consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. «La plupart de ces arbres ont entre 30 et 40 ans. Il a fallu mobiliser une cinquantaine de personnes pendant vingt-deux jours pour les transplanter. Ils viennent tous de pépinières où ils ont été sélectionnés par Enzo Enea, un architecte-paysagiste suisse», explique, prosaïque, Klaus Littmann, visiblement très fier de son projet XXL.