Art

En Autriche, des arbres qui ne cachent pas la forêt

Une forêt éphémère a pris place au milieu d’un stade de Carinthie, le land le plus méridional d’Autriche. L’objectif de «For Forest»? «Sensibiliser un large public à la cause écologique», souligne le Suisse Klaus Littmann, manager culturel et médiateur en art contemporain. Le bilan carbone de cette installation XXL éclipse malheureusement l’ambition et la poésie de cette forêt-œuvre d’art

Sur la pelouse du Wörthersee Stadion, en lieu et place des joueurs qui se disputent d’ordinaire un ballon, des dizaines de sapins blancs, pins noirs, érables champêtres, frênes, mélèzes, bouleaux, hêtres ou encore tilleuls se dressent désormais dans le ciel bleu de Klagenfurt, au milieu de fougères et de copeaux de bois. Dans les tribunes presque vides, çà et là, de petits groupes de visiteurs de tous âges regardent, l’air médusé, cet étrange et saisissant spectacle. Le temps semble comme suspendu. Une étonnante force poétique se dégage de cette forêt improbable, de cette installation éphémère composée de quelque 300 arbres transplantés, ici, pour quelques semaines.

Serein et apaisé, le visiteur ressent en même temps une invitation à faire une pause. «On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste», lançaient, en 1973, Gébé, Doillon, Rouch et Resnais dans leur film libertaire L’An 01, qui appelait à l’abandon consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. «La plupart de ces arbres ont entre 30 et 40 ans. Il a fallu mobiliser une cinquantaine de personnes pendant vingt-deux jours pour les transplanter. Ils viennent tous de pépinières où ils ont été sélectionnés par Enzo Enea, un architecte-paysagiste suisse», explique, prosaïque, Klaus Littmann, visiblement très fier de son projet XXL.