Un film sur les beautés de l’estive projeté dans le cadre alpin des Diablerets. On ne pouvait rêver meilleur écrin pour la projection sur grand écran du premier court métrage produit par Le Temps, en collaboration avec les archives de la Radio Télévision Suisse (RTS). Diffusé ce vendredi 14 août à 13h30 à la Maison des Congrès, Paysan du ciel fait également partie des films en compétition du Festival international du film alpin des Diablerets (Fifad), dans la catégorie «Culture du monde».

Une approche documentaire

Tout est parti du désir de «revisiter» une archive de la RTS datant de 1965. Un film en noir et blanc racontant le quotidien de deux enfants bergers, éloignés du cocon familial, sans électricité ni eau courante, le temps d’un été. Au départ, cela ne devait être qu’un reportage un peu plus long, un peu plus «costaud» sur le plan de la réalisation – mêler séquences d’archives et images d’aujourd’hui – que ce que nous faisons d’habitude, au sein du service vidéo du Temps. Puis, l’envie est venue de tenter une approche plus documentaire, plus intimiste sur le fond et plus «léchée» sur la forme. Un pas de côté alors inédit.

Jean-Marc Gabioud, l’un des deux bergers de l’époque, est encore aujourd’hui paysan de montagne, à l’alpage d’Emaney (VS). Il s’agit de mon oncle. D’où une certaine difficulté: comment endosser le rôle de «réalisateur-reporter d’images», tout en gardant une certaine distance objective et journalistique? Il a fallu faire preuve d’humilité, installer un climat de confiance, sans tomber dans la connivence ou la familiarité. Et se concentrer sur l’intime, la poésie et l’humour.

A la clé: une quinzaine de jours de travail en solo, du tournage au montage, en passant par le mixage et la postproduction. S’en est suivie la publication sur nos plateformes et, dans la foulée, une diffusion à l’antenne de la RTS. Rarement une de nos productions aura suscité un tel engouement. Sur les réseaux sociaux, plus d’un million d’internautes ont déjà visionné ce court métrage. Un écho qui va bien au-delà de nos espérances et prédictions les plus folles.

Un festival réputé

Un engouement virtuel, mais également réel. Puisque, depuis la diffusion du film, nombreux sont les curieux à s’être rendus à l’alpage d’Emaney pour y rencontrer Jean-Marc et sa famille. Comme s’ils voulaient voir de leurs propres yeux cet homme de la terre, qui vit sereinement ses choix et qui s’émerveille sans emphase.

Bourreau de très nombreux événements culturels cet été, le Covid-19 n’aura donc pas eu la peau de la mouture 2020 du Fifad, 51e du nom. Un festival de cinéma dont la réputation n’est plus à faire, qui s’intéresse aux diverses facettes du monde de la montagne et des gens qui y courent, y grimpent ou y vivent. Du ski alpinisme à l’escalade extrême, des Etats-Unis au Népal, une cinquantaine de productions suisses et internationales sont à l’affiche de cette édition éclectique. Quelle fierté, donc, pour Le Temps, de voir l’un de ses films être projeté aux côtés de ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière de films alpins et de documentaires d’aventure.

Avant le Fifad, Paysan du ciel était à l’affiche des Journées de Soleure, rendez-vous annuel du cinéma suisse, en janvier dernier. Mais l’histoire tout helvétique de Jean-Marc et ses 60 étés consécutifs passés à l’alpage a également connu un petit rayonnement à l’international. Le court métrage a été projeté, cet été, dans le cadre de deux autres festivals de cinéma européens: The ShorTS International Film Festival, à Trieste en Italie, et The International Beyond Film Festival, à Karlsruhe en Allemagne.