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Aux JOJ, «BodyCity» célèbre la glisse en ville

Conçu dans le cadre du grand rendez-vous lausannois, ce spectacle, qui mêle sports urbains, danse, musique et mapping, témoigne de l’adresse et de la fougue de la jeunesse. Et ravit le public

Jeudi dernier à 18h, avant même la cérémonie d’ouverture, avant que les lattes ne foulent les pistes et que les lames ne zèbrent la glace, les Jeux olympiques de la jeunesse 2020 se sont ouverts à Lausanne… par une enfilade de gilets jaunes. Démarche assurée, des adolescents en doudoune canari se sont avancés sur une estrade de la place Centrale, gros tonneaux de métal dans les bras, avant de les frapper en rythme façon tambours cariocas. Avec comme objectif de capturer non pas le trafic routier, mais l’attention du public venu assister à la première de BodyCity.

Donné à cinq reprises pendant les JOJ, dans un skatepark éphémère, ce spectacle pluridisciplinaire et gratuit, imaginé en marge de l’événement, rend, lui aussi, hommage aux talents émergents – dans leur forme la plus urbaine. Rassemblant une cinquantaine de jeunes issus d’associations et d’écoles locales, il mélange dans un même bowl art du ride, danse, musique et mapping.

Durant quarante minutes et sur une musique atmosphérique, les corps se tortillent, s’engouffrent puis resurgissent des reliefs de béton sur des rollers, des planches ou des trottinettes à une cadence étourdissante. De quoi réchauffer ceux qui se sont amassés devant le skatepark, jusque sur les hauteurs de la place et derrière les balustrades du Grand-Pont, pour les regarder.

Les jeunes et la ville

Derrière cette création remuante, deux objectifs: «Faire se rencontrer jeunes athlètes et artistes, tout en révélant des talents», détaille Fabrice Bernard, responsable du programme d’animations Lausanne en jeux.

Si le skate ou le BMX paraissent bien éloignés de leur cousin de glisse hivernale, le ski, l’ADN de BodyCity reflète surtout un point fort de la ville hôte. «Depuis une vingtaine d’années, Lausanne s’est démarquée dans le domaine des arts urbains, avec des groupes de hip-hop à succès, comme lors de nombreux rendez-vous autour du sport urbain, sans compter son skatepark très dynamique», relève Fabrice Bernard.

Permettre à la jeunesse de raconter son rapport à la ville, donc, mais avec des points de vue contrastés: les riders, issus d’associations du cru, ont été rejoints par des danseurs de Rudra Béjart, tandis que des étudiants de l’HEMU et de l’ECAL se sont chargés de l’univers visuel et sonore. Chaque groupe a préparé sa contribution de son côté, «afin de leur confier responsabilités et liberté créative, précise Fabrice Bernard. Une expérience dont ces jeunes bénéficieront par la suite.»

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Rampes périlleuses

Pour coordonner tout ça, Nicolas Musin. Un personnage connu des Genevois pour avoir signé ZUP, ode XXL aux cultures urbaines qui avait investi la plaine de Plainpalais en 2017. Cette fois, le chorégraphe belge a retrouvé sa passion des roulettes mais, surtout, relevé le défi complexe de condenser ces énergies et de les traduire en un langage commun. «Pour beaucoup, ce spectacle était une première. J’ai travaillé avec eux sur leur capacité d’interprètes, la théâtralité des gestes. Le fait par exemple qu’on ne rentre et on ne sort pas du bowl n’importe comment», détaille-t-il.

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Rien de moins simple pour les riders. «Il fait nuit, froid et il y a du bruit tout autour», note Lorris Mauerhofer, coach de l’équipe BMX et coordinateur de La Fièvre, association de sports de glisse participant au projet. D’autant que le skatepark en question est périlleux, particulièrement pour les vélos, qui y évoluent parfois à trois en même temps. «Les rampes sont courtes et raides, bien plus que celles des infrastructures amateurs dont on a l’habitude à Lausanne.»

Dans le noir

Une performance exigeante, au point que la majorité des riders sélectionnés ont plus de dix ans d’expérience – et la vingtaine passée. Dans les courbes et creux de la place Centrale, cette assurance saute aux yeux. Les rollers s’élancent sans hésiter, les guidons des BMX font des triples tours tandis que des fous du parkour gravissent ces dunes lunaires comme en apesanteur.

Plus tard, sur un petit podium central, des danseurs se désarticulent, leur hip-hop robotique contrastant avec la fluidité des roues et le battement joyeux des tambours. On regrette que les disciplines ne s’hybrident pas davantage, que le fil rouge reste cryptique mais peu importe: on retient l’énergie folle dégagée par ces corps qui semblent manger l’espace.

Samedi dernier, une coupure de courant a plongé le skatepark dans le silence et dans le noir au milieu du spectacle. Loin de se démonter, les performeurs ont improvisé, enchaînant les tricks et ravissant le public. Preuve ultime de la spontanéité et de la fougue d’une jeunesse lausannoise qui, décidément, est en forme olympique.


«BodyCity», place Centrale à Lausanne. Sa 18 et di 19 à 18h. Spectacle gratuit.

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