Théâtre

Aux marionnettes, le roi est nu et les enfants dissertent

Le satiriste Olivier Chiacchiari revisite un conte d’Andersen pour parler de la vanité et de la lâcheté aux plus petits. Ambitieux, le texte peine parfois à passer

Une histoire de duperie. Et de cécité collective guidée par la lâcheté. Et encore de nudité, un grand tabou pour les enfants, vu les réactions estomaquées des élèves de 6-7 ans lorsque le petit (très petit) oiseau paraît. «Le Roi tout nu», à voir aux Marionnettes de Genève jusqu’au 20 décembre, a cette ambition: parler de courage, d’indépendance d’esprit et d’éducation. Parfois ça passe – quand les scènes sont animées et imagées –, parfois ça se tasse – quand les tableaux sont plus dialogués et plus abstraits. Mais la démarche d’Olivier Chiacchiari à l’écriture et d’Isabelle Matter à la mise en scène est à saluer.

«Pourquoi les gens de la cour font-ils semblant de voir un costume alors que le roi est nu?» questionne la metteur en scène. «Pour ne pas être jetés aux crocodiles!» répond une petite fille. Ce dialogue a eu lieu au terme d’une représentation scolaire, jeudi dernier. Isabelle Matter, nouvelle directrice du TMG, a imaginé ce temps d’échange «pour que les enfants puissent s’approprier le spectacle». En fait, si les courtisans du «Roi tout nu» bluffent, c’est pour ne pas être pris pour «des imbéciles et des incapables», répète le texte à plusieurs reprises. Ils craignent la honte, donc, plus que la mort. Le message est relativement subtil et difficile à capter.

Pas de réaction dans les travées

Mais le vrai problème de cette partition est ailleurs. Etant donné que le conte d’origine des frères Andersen, «Les Habits neufs de l’Empereur», est très mince, Olivier Chiacchiari a étoffé le parcours du petit garçon par qui la vérité arrive. Loulou, fils de cordonnier et de couturière, qui est appelé à travailler dans le dressing du roi fashion victim et à compter ses costumes. Une scène qui tombe à plat. Loulou encore, qui s’interroge sur la nécessité de punir ou sur la propension des adultes à émettre des rumeurs. Là aussi, pas de réaction dans les travées. Même bide, relatif, lorsque les brigands racontent qu’ils préfèrent voler plutôt que travailler – c’est eux d’ailleurs qui imaginent cette ruse du costume virtuel vu uniquement par les gens intelligents… Les marionnettes à tiges réalisées par Pierre Monnerat et Mathias Brügger sont expressives. Et parfaitement animées par Clara Brancorsini, Martine Corbat et Lorin Kopp qui trouvent voix et gestes de leurs poupées. Mais l’action, les péripéties, les rebondissements restent, semble-t-il, le seul sésame pour les enfants…

La scène finale, rebondie, en témoigne. Comme en témoignent les changements de décor. Les panneaux mobiles de Fredy Porras sont qualifiés de «magiques» par mon jeune voisin, fasciné, lorsque la cour royale cède sa place à la maison du cordonnier… Cela dit, la philosophie pour les plus petits (dès 4 ans, ici) est un joli défi. Et, jeudi, même s’ils n’ont pas tout saisi, même s’ils se sont un peu dissipés, les jeunes élèves auront au moins retenu ceci: si tu bêles bêtement avec les moutons, tu finiras croqué par un croco.

«Le Roi tout nu», jusqu’au 20 décembre, au Théâtre des Marionnettes de Genève, 022 807 31 07, www.marionnettes.ch

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