Il faut bien enfreindre le tabou: voilà un livre profondément religieux, qui plus est écrit par un penseur et un poète séculier. Tout esprit réfractaire à l’idée de religion y trouvera la réconciliation avec le sacré, qui de tout temps a accompagné l’homme dans sa quête de sens.

On peut lire Le Monde du silence de Max Picard – publié en allemand en 1948, traduit en français en 1953 et réédité aujourd’hui par La Baconnière (avec les notes et la postface) – comme un manuel thérapeutique contre les maux de notre époque, drapée dans une foi aveugle, superstitieuse, en la technique toute-puissante, productrice de vacarme, qui s’oppose au fondement de la civilisation: la parole, le langage qui permettent aux hommes de s’entendre, de se comprendre, de s’aimer. Et Max Picard, armé de la clarté d’esprit du séculier, éclaire le monde d’une nouvelle perspective: il nous fait découvrir le silence comme l’une des formes du langage, comme l’écorce qui enveloppe la parole que l’homme a conquise sur le silence.