Sur ces grands tirages affichés dans le jardin d’été jouxtant le Théâtre antique d’Arles, et qui pour la première fois accueille une exposition des Rencontres de la photographie, on voit des hommes et des femmes de tous âges prenant la pose, tous et toutes fiers d’être ainsi immortalisés. Non pas seulement parce qu’on s’intéresse à eux, mais aussi parce qu’ils représentent en quelque sorte leur nation, plus importante que leur moi intime. Stéphan Gladieu a pris cette série de portraits en Corée du Nord, dans la rue, mais aussi sur des lieux de travail ou de loisirs. Ses clichés pourraient illustrer une revue propagandiste éditée par le gouvernement de Kim Jong-un.

On y voit des enfants à la mer et des amies dans un parc aquatique, une famille en train de pique-niquer, des hôtesses de l’air et des paysans devant des véhicules agricoles d’un autre âge. Le Français explique s’être questionné sur la permanence de la République populaire de Corée. Pourquoi, alors que tant d’autres régimes autoritaires sont tombés, ou du moins ont vacillé, est-elle insubmersible? Peut-être parce que la force du collectif est tellement célébrée et ancrée dans les mentalités que personne n’osera jamais prendre la tête d’un quelconque mouvement de contestation, pense-t-on en regardant son travail. Car même si les personnes qu’a photographiées Stéphan Gladieu sont isolées ou en petits groupes, on sent dans leur regard que quelque chose de plus grand les habite.