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Ava Gardner.
© Collection Christophel / UNIVERSAL PICTURES

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Ava Gardner ou l’art de danser au bord du gouffre

Mêlant le cinéma et les paillettes à la grande et à la petite histoire, juxtaposant les époques comme on appondrait des pièces de tissu, Thierry Froger évoque dans son deuxième roman la vie mouvementée de la star Ava Gardner

Deux ans après Sauve qui peut (la révolution), qui faisait de Jean-luc Godard un personnage de roman, Thierry Froger applique dans son deuxième roman les mêmes recettes historico-fictives, et toujours dans le cinéma et dans l’histoire, mais cette fois l’héroïne, la mythique et déjà lointaine Ava Gardner, n’est plus de ce monde.

Froger la fait revivre. Il tend le principal fil conducteur de ce roman à partir d’une nuit du mois d’août 1958. Ava s’ennuie, à Rome, sur le tournage de La Maja desnuda, le dernier film imposé par son contrat avec la MGM, une coproduction internationale sur la vie du peintre Goya. Elle s’ennuie et attire dans son sillage, pour partager sa nuit d’ivresse, une sorte de dolce vita d’avant Fellini, le directeur de la photographie Giuseppe Rotunno.

Ava Gardner est disparue en 1990, à l’âge de 67 ans. Rotunno est aujourd’hui un vieux monsieur de 95 ans couvert d’honneurs et de considération, un prince de la lumière notamment associé aux chefs-d’œuvre de Visconti et de Fellini. En 1958, il n’a que 35 ans et entame sa brillante carrière. Comment résister aux lubies d’Ava, et à son explosive beauté?

La star entraîne le timide chef opérateur dans une séance de photos peu banale, inspirée des grands nus de l’histoire de l’art, à commencer bien sûr par la Maja desnuda de Goya, en passant par la Vénus d’Urbino, du Titien, sans omettre enfin un scandaleux tableau de Courbet. Vrai? Faux? Ce n’est pas le sujet, bien sûr. Pas de certitude, beaucoup de rumeurs, de vagues indices, voilà probablement de quoi Froger nourrit son exofiction.

Vaste comédie humaine

En tout cas, tirant sur ce fil, le narrateur déploie un roman somptueux, peut-être un peu trop verbeux parfois (ces «éclairs lamentables», ce «fracas dominical et malvenu des cloches»). Sous la plume inspirée et extraordinairement documentée d’un historien fantasque, un certain Jacques Pierre, probablement un avatar de Thierry Froger, on croise nombre de célébrités, comme si le monde tournait autour d’Ava Gardner: Frank Sinatra en ex-mari, lequel «se conduisait en général en salopard», Fidel Castro, Ernest Hemingway, Marilyn Monroe, John Kennedy…

Sans compter une foule d’anonymes aux vies souvent tumultueuses et compliquées, par exemple l’ex-épouse du narrateur (fruit comme lui des radicalismes naïfs et idéalistes des seventies) ou encore ses parents, son père surtout, et cette douloureuse incompréhension mutuelle. Autant de narrations au cœur desquelles s’ouvrent des incursions dans le passé, chez Courbet notamment, pour conter l’origine de L’origine du monde.

Ces multiples histoires allant du glamour hollywoodien aux questionnements adolescents, des vertiges de la gloire aux affres de la solitude, sans négliger quelques débats idéologiques liés au pouvoir, ni les coulisses crapuleuses de la politique américaine des années 50 à 70, constituent une vaste comédie humaine façonnée en un curieux mélange d’informations dignes de la presse people et de narration à haute teneur philosophique.


Thierry Froger, «Les nuits d’Ava», Actes Sud, 302 p.

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