A la Fondation Gianadda, la première section montre des œuvres rattachées aux tendances qui ont marqué l'art moderne: cubisme, figuration des années 1920, surréalisme et période de la Guerre civile espagnole (1936-1939). S'installant définitivement à Paris en 1904, Pablo Picasso, avec ses Demoiselles d'Avignon, peintes trois ans plus tard (1907), devient le héros de la modernité. Il fait du tableau une réalité gérée par ses propres lois. Or ce n'est pas cet aspect révolutionnaire mais son talent classique que ses compatriotes artistes retiennent. D'autant que le goût pour la figuration dans les années 1920 «est ramené sur le devant de la scène de la main même de Picasso», comme le souligne Maria Antonia de Castro. Juan Gris, après la rigueur de son cubisme synthétique, revient également – un an avant sa mort prématurée en 1927 – à la figuration modelée. Salvador Dalí est dans cette veine; Joan Miró, encore attaché aux apparences. La montée à Paris et le contact des surréalistes français – Dalí est introduit par Miró sur la scène parisienne en 1929 – permettent au premier de tirer parti de sa paranoïa, au second de libérer la poésie conservée dans son regard d'enfant. Venu à Paris avant les autres, Julio González, orfèvre, se lancera dans la sculpture en fer. De sa rencontre fertile avec Picasso, il va tirer profit des tensions entre ligne et vide. Ultérieurement, la tendance abstraite et un sculpteur comme Chillida lui devront beaucoup. Mais après la Guerre civile – en dehors des cris et exorcismes qu'elle suscite dans la gent artistique – puis au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'art espagnol reste dans une position bloquée par rapport à la modernité. Il ne donne pas l'impression que les temps ont changé.