Pour la première fois depuis des décennies, l’Oscar du meilleur film se dispute entre dix candidats, sans bouleverser cependant la représentation des genres cinématographiques, la comédie ou le documentaire étant une fois encore absents de la liste de nommés.

L’Académie des arts et des sciences du cinéma avait surpris Hollywood en annonçant, l’été dernier, que le nombre de films nommés à la plus prestigieuse récompense passerait de cinq à dix. «Après plus de six décennies, l’Académie revient en partie à ses origines, lorsque la compétition était plus large pour la principale récompense de l’année», déclarait alors le président de l’Académie, Sid Ganis, faisant référence aux années 30, pendant lesquelles dix films étaient candidats.

Les observateurs d’Hollywood avaient surtout vu dans cette décision une tentative d’enrayer l’érosion de l’audience télévisée des Oscars, qui a touché un niveau plancher en 2008, avant d’amorcer une remontée en 2009.

Le doublement du nombre de candidats avait également laissé penser que l’Académie pourrait désormais faire une place plus importante à des genres habituellement boudés par les votants, tels que la science-fiction, le documentaire ou la comédie.

Mais les nominations dévoilées mardi matin ne bouleversent pas la donne. Aucun documentaire n’a été élu au «top ten» et la comédie reste la grande absente, malgré les pronostics qui voyaient s’imposer «Very Bad Trip», une comédie potache ayant conquis cet été le public et la critique.

Les deux seuls genres à avoir sans doute bénéficié du passage de cinq à dix films sont la science-fiction, avec «Avatar» -- qui était néanmoins incontournable -- et «District 9», et l’animation avec «Là-Haut».

Le reste de la sélection («Démineurs», «The Blind Side», «In the Air», «Inglourious Basterds», «Precious», «Une Education», «A Serious Man») reste fidèle aux genres prisés par les membres de l’Académie, le drame et la comédie dramatique.

Avatar contre Démineurs

Le seul point commun entre «Avatar» et «Démineurs», au coude-à-coude dans la course aux Oscars 2010, est leur nombre de nominations, car pour le reste, tout oppose les films de James Cameron et de son ex-femme Kathryn Bigelow.

Avec neuf sélections, les deux films sont en tête des nominations et promettent une lutte serrée avant la cérémonie de remise des précieuses statuettes, le 7 mars à Los Angeles (Californie, ouest des Etats-Unis).

La fresque de science-fiction en 3D «Avatar» est le film de tous les records. Il a engrangé à ce jour plus de 2 milliards de dollars au box-office mondial, pulvérisant le record détenu jusqu’alors par «Titanic». Il passe aussi pour être le film le plus cher de l’histoire du cinéma, avec un budget estimé de 500 millions de dollars (300 millions pour la production, 200 millions pour le marketing).

Rien de tel dans «Démineurs». Le film de l’ex-femme de James Cameron est un drame intense, concentré autour de trois soldats américains démineurs risquant leur vie en Irak.

Avec un budget estimé de 11 millions de dollars – très modeste, selon les standards hollywoodiens – le film a été un échec commercial, avec des recettes mondiales de 13,3 millions de dollars, soit… 150 fois mois qu’«Avatar».

Mais le film a séduit la critique et, ces derniers mois, les professionnels d’Hollywood. Si «Démineurs» est aujourd’hui le favori des pronostics, c’est notamment parce qu’il a remporté les prix, très convoités, des syndicats professionnels du cinéma américain.

Le film a ainsi reçu le prix du Syndicat des producteurs (PGA), qui annonce souvent l’Oscar du meilleur film, et le prix du Syndicat des Réalisateurs (DGA). En 62 ans d’existence du prix de la DGA, seuls six lauréats ont échoué à remporter dans la foulée l’Oscar du meilleur réalisateur.