Mardi passé, à l'heure des préparatifs, le bourg d'Avenches, sous les averses, avait la mine esseulée d'un lieu de fête condamné par la traîtrise des éléments naturels. Mine confiante pourtant chez les commerçants: l'étal d'une boucherie aligne d'appétissantes brochettes «Flûte enchantée», et pour Yves Faivre, directeur de l'Hôtel de la Couronne, comme pour les trois autres hôteliers du lieu, les huit soirées d'opéra sont l'occasion de multiplier la mise. «Tout est plein pendant le festival, et chaque chambre (le lieu en offre 70) pourrait facilement être louée 50 fois. Les refus profitent alors à Morat et à Estavayer-le-Lac. Notre restaurant sert 400 repas ces soirs-là, au lieu de 100 en temps normal.»

Avant même la première, cette édition s'annonce comme un succès. En tout cas en matière de chiffres: le festival d'opéra fait le plein, avec 40 000 billets vendus sur 45 000 disponibles. Mais le spectacle à ciel ouvert reste soumis quotidiennement aux aléas de la météo, et celle-ci a fait craindre le pire pour la soirée d'ouverture. Heureusement, vendredi, La Flûte a passé entre les gouttes. Et samedi, le ciel était radieux pour qu'Avenches, 2500 habitants, absorbe ses 6500 spectateurs, venus majoritairement de Suisse alémanique. C'est que le choix de l'œuvre y est pour beaucoup: après un festival 2002 déficitaire, éprouvé par la concurrence d'Expo.02, la Zauberflöte s'est avérée idéale pour appâter le public germanophone.

Pique-nique et vin blanc

Dans les gradins, pique-nique et bouteille de blanc, couvertures chez les plus prévoyants, et oreille tendue pour l'entrée en scène de Tamino qui crie «A l'aide, à l'aide». En soi, présenter La Flûte enchantée dans des arènes n'est pas ce qu'on appelle une évidence. Cela pouvait être un défi, il n'est que partiellement relevé. La belle idée initiale du décorateur Alfredo Corno consistait à remettre l'opéra maçonnique de Mozart dans son cadre: celui d'un théâtre viennois, avec son lot de poulies, de panneaux mobiles et de treuils, ses fumigènes et sa machine à tonnerre. Or son décor (végétation turquoise et bronze, portails argentés gagnés par les feuilles d'acanthes) ne suffit pas à créer une scène. Celle des arènes est immense, tout comme la solitude des chanteurs qui viennent tour à tour clamer leur air, sans que la magie du Zauberoper agisse pour les réunir.

Du côté de l'orchestre dirigé par Daniel Lipton, des tempi lents, prolongés du ralentendo récurrent de Roberto Saccà (Tamino) et d'Adriana Marfisi (Pamina). Ici, curieusement, on entrevoit Verdi, et dans les sentences de Sarastro (Franz-Josef Selig) un poids abyssal de répertoire russe… Mathias Goerne s'avère plus mozartien dans un Papageno cousin d'Arlequin, tout comme Patrizia Cigna, très honorable Reine de la Nuit. La belle surprise est du côté du chœur, puissamment dynamique, et des garçons du Tölzer Knabenchor, qui prouvent qu'on peut emplir une arène sans se déchirer les cordes vocales.

«La Flûte enchantée» de Mozart aux arènes d'Avenches, les 9, 11, 12, 16, 18 et 19 juillet à 21h15. Loc. 026/ 676 99 22. Rens. sur http://www.avenches.ch/opera. Information météo au 0800 10 10 20.