Cinéma

«Avengers: Endgame»: c’est la lutte finale

Les Avengers et tous leurs alliés pittoresques livrent leur ultime combat contre l’infâme Thanos dans le dernier volet d’une série de films millionnaires qui ont redéfini la culture globalisée

S’étant approprié les six Pierres d’infinité, Thanos a donc pu réaliser son vieux rêve: éradiquer la moitié de l’humanité. Pouf! Quelque trois milliards d’êtres, dont Spider-Man, Black Panther, Dr. Strange, Peter Quill, Drax ou Groot, sont retournés à la poussière. Blessé et plein de terreur métaphysique face aux espaces infinis, Iron Man dérive à des milliers d’années-lumière de la Terre. Steve Rogers/Captain America, Natasha Romanoff/Black Widow et Thor broient du noir dans leur QG. Leur seul espoir de défaire ce qui a été fait est d’arracher au Titan fou ses pierres. Hélas! L’univers est vaste et nul ne sait où l’affreux se planque.

Par chance, Captain Marvel (Brie Larson) repêche Tony Stark aux confins de nulle part et le ramène à bon port. La super-femme cosmique trouve aussi l’adresse de Thanos. Il mène une vie frugale sur un planétoïde champêtre. Les Avengers font irruption, découvrent que les pierres ont été détruites, et décapitent leur ennemi…

Terre dépeuplée

La phase III de l’Infinity Saga (22 films depuis 2008) du Marvel Cinematic Universe pourrait se conclure sur cette petite revanche du Bien sûr le Mal. Mais Avengers: Endgame, seconde partie de Infinity War sorti l’année dernière, dure trois heures. Et une déconfiture aussi noire reviendrait à trahir une tradition d’optimisme américain.

Cinq ans ont passé. La Terre dépeuplée et les Avengers clairsemés ont le moral dans les talons. Toute superbe bue, les surhommes et femmes assistent au naufrage de la planète, tels des capitaines d’industrie confrontés aux ravages provoqués par leur orgueil. Steve Rogers anime un groupe de parole pour endeuillés. Natasha pleure…

On sonne à la porte: c’est Scott Lang/Ant-Man, brusquement régurgité par l’infra-monde quantique dans lequel il errait depuis un lustre. Le myrmidon a une idée brillante: et si on appliquait le principe d’indétermination au voyage temporel pour aller piquer les gemmes avant que Thanos ne s’en empare? Le génial Bruce Banner est associé au projet. Et même Tony Stark sort de sa retraite avec un ruban de Möbius en tête.

Bedaine flasque

Avengers: Endgame est le film le plus attendu depuis Star Wars: Réveil de la Force, car il conclut une décennie qui restera dans les annales du cinéma pour avoir globalisé la culture américaine des super-héros, engrangé des milliards de dollars et consacré l’hégémonie de Disney-Marvel. Le bouquet final devait être à la hauteur de l’attente des fans. Les frères Russo, Anthony et Joe, à qui l’on doit deux épisodes de Captain America (Le soldat de l’hiver et Civil War), ainsi que Infinity War, relèvent habilement le défi.

Dans la première scène, très anxiogène, Clint Barton/Œil-de-Faucon enseigne à sa fille le tir à l’arc; il se retourne, elle n’est plus là… La simplicité de la séquence fait ressentir la violence de la perte. Sinon, l’humour, cette épice qui est au film de super-héros ce que le ketchup est au fast-food, foisonne. Les personnages héroïques en prennent pour leur grade. Iron Man commente les muscles fessiers de Captain America («C’est le cul de l’Amérique»). Bruce Banner a réussi à stabiliser Hulk: le savant modeste et la brute furibonde ne font plus qu’un. La cohabitation du muscle et du cerveau se présente sous la forme d’un sympathique géant verdâtre que les gosses adorent. Quant à Thor, il a morflé: depuis cinq ans qu’il descend des bières, il a chopé une bedaine flasque de pochetron et renoncé au shampoing…

Légions infernales

La structure du film emprunte expressément celle de Retour vers le futur. Par petits groupes, les Avengers se faufilent incognito dans le passé pour cueillir les pierres. Ainsi Endgame récapitule plaisamment les chapitres précédents. Iron Man, Ant-Man et Hulk le doux se projettent en 2014, à New York, au milieu de l’attaque des Chitauri (Avengers, 2012). Thor et Rocket Raccoon se faufilent avec des grâces cartoonesques en Asgard, où le dieu retrouve sa maman défunte (Le monde des ténèbres, 2013). Nebula et War Machine s’aventurent sur Morag pour voler l’orbe que convoite Peter Quill (Les gardiens de la galaxie, 2014), tandis que Clint Barton et Natasha se risquent sur Vormir où la Pierre de l’âme exige un sacrifice mortel (Infinity War, 2018).

Sans éviter l’éparpillement qu’entraîne une pléthore de personnages, ni l’embrouillamini scénaristique qu’impliquent les paradoxes temporels, le film mène forcément à la mère de toutes les batailles. S’y affrontent dans une négation absolue des principes de la gravitation, de la balistique et de la résistance des corps, tous les héros ressuscités, une Walkyrie sur son cheval ailé, les Chitauri et leurs vaisseaux en forme de scolopendres et l’arrière-ban des légions infernales de Thanos… On se demande pourquoi Captain Marvel, l’arme absolue, n’intervient qu’après que des hordes innombrables de fantassins se furent longuement cognés. On observe que derrière les têtes d’affiche, la plupart des personnages de la saga sont réduits à un peu de figuration.

Thanos tué pour la seconde fois, ses troupes anéanties, combien de victimes faut-il déplorer parmi les forces du Bien? Deux seulement, dont une sans surprise puisque son trépas coïncide avec l’échéance d’un contrat de comédien. Un troisième héros prend un chemin de traverse délicatement nostalgique, pour se souvenir que le grand barnum Marvel est aussi capable de nuances.


Avengers: Endgame, d’Anthony et Joe Russo (Etats-Unis, 2019), avec Robert Downey Jr, Chris Evans, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Brie Larson, Tom Holland, Josh Brolin, 3h01.

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