Classique

 Aventure musicale de l’extrême avec le GeCa

La création de la «7e Symphonie» de Beethoven mise en scène par Yoann Bourgeois a étourdi le BFM

Jusqu’où iront-ils? Sur le plan purement musical et technique, on ne peut imaginer beaucoup plus loin. Mais tout étant possible avec le Geneva Camerata (GeCa), on ne sait jamais. Les défis et l’originalité ne leur font pas peur puisqu’ils en ont fait leur signature.

L’événement qui s’est déroulé lundi soir au BFM était annoncé. Il a pourtant sidéré un public sous le choc de la nouvelle proposition de l’acrobate, chorégraphe et metteur en scène jurassien Yoann Bourgeois.

Celui qui se joue des lois de l’attraction terrestre et se rit des conventions artistiques s’en est donné à cœur joie dans la commande du Geneva Camerata. L’orchestre lui ayant laissé carte blanche dans la 7e Symphonie de Beethoven, on n’aura pas été déçu.

Le premier mouvement se déroule normalement. Enfin presque. Une partition tombe à terre. Les musiciens continuent de jouer en observant la violoniste ramasser la feuille. Puis une deuxième page s’envole à terre, un peu plus tard.

Tous jouent par cœur

En y regardant de plus près, on constate que ce ne sont pas des partitions mais de simples feuillets. Et qu’il n’y a que quatre pupitres: ceux du «quatuor» à cordes frontal. Tous jouent donc par cœur. Un exploit déjà exploré il y a deux ans, dans la magique Danse du soleil, avec le chorégraphe Juan Cruz Diaz de Garaio Esnaola.

Puis passe un technicien, casque sur les oreilles. Il traverse le fond de la scène en poussant un chariot. «C’est tout?» s’étonne ma voisine. On se doute qu’il s’agit d’un premier grain de sable. Et on ne se trompe pas…

Au deuxième mouvement, la tempête commence à se déchaîner peu à peu sur le sublime allegretto au rythme binaire entêtant. Un siège se brise ici, puis un autre, et, tels les blés sous un vent mauvais, un nombre grandissant commence à joncher le sol dans un fracas sonore. Les chaises se démantèlent et les musiciens s’effondrent sur le plateau, leur instrument en main.

Chaos scénique

Etincelles au plafond, décrochages de projecteurs, effondrements de la structure, fumées, gyrophare et catastrophe étourdissante gagnent progressivement la scène, sans que le mouvement musical s’infléchisse, que le jeu d’ensemble soit perturbé ou que la cohésion du groupe se disloque. Les instrumentistes continuent de jouer, imperturbables, couchés dans les positions les plus invraisemblables ou errant au milieu du chaos scénique.

Au troisième mouvement, tous se redressent lentement alors que le presto avance dans une rapidité sans faille. L’allegro final se déroule enfin face au public, le chef semblant diriger la salle et les musiciens soudés dans une écoute fusionnelle.

Sortir des cadres

Une telle performance soulève bien sûr l’audience, et aussi certaines questions sur la justification d’un tel traitement. Accepter que la musique classique puisse déborder de ses cadres demande une certaine souplesse d’esprit. Mais l’accueil enthousiaste du public montre que le changement des pratiques est désiré, même s’il peut faire de l’ombre aux autres œuvres.

Le Concerto en ré pour cordes de Stravinski, un peu désuni, et le Concerto pour clarinette de Mozart, au bouleversant adagio (avec en soliste un Mathieu Steffanus sensible mais discret), auront sûrement légèrement souffert de la promiscuité. Mais ils auront aussi bénéficié d’un engouement généralisé.

Publicité