Un petit rouquin pique une livrée de groom pour s’introduire dans un hôtel et y exercer ses talents de pickpocket. Un journaliste prétentieux se pointe pour une conférence de presse et se cogne à l’aigrefin. Ils se prennent de bec. Le faux groom s’introduit dans la chambre d’un mycologue, le comte de Champignac. C’est alors que les agents du grand Zorglub entrent en scène! Spirou et Fantasio s’élancent à leur poursuite, flanqués malgré eux de Seccotine, jusqu’à la base secrète de l’aspirant maître du monde, au fond du Sahara.

Spirou est interprété par Thomas Solivérès, un jeune comédien qui a joué dans trop de navets pour les citer tous, Fantasio par le très grimaçant Alex Lutz (même remarque). Ils s’agitent devant la caméra d’Alexandre Coffre, qui n’est pas un génie, comme le prouvent Une pure affaire, l’effroyable Eyjafjallajökull et Le Père Noël. Limité dans son talent et dans son budget, le réalisateur décide d’inventer la rencontre des personnages et adapte n’importe comment Z comme Zorglub (1961), sans approcher, même de loin, le génie d’André Franquin.

«Eviv Bulgroz!»

Le film déborde de manquements. Il ne réussit pas à respecter la charte graphique (Spirou est plus grand que Fantasio et même que Champignac) et surtout psychologique: Spirou, le «champion de la bonne humeur», est un petit voleur à la tire, et Fantasio, «l’espiègle au grand cœur», un nabot vociférant. Ils s’envoient des vannes comme dans une sitcom vulgaire au gré d’un scénario inconsistant.

Par manque de moyens, Zorglub se déplace dans une bête limousine et non dans une élégante zorglumobile, Spip l’écureuil n’a pas droit à un chouette avatar de pixels, juste à une rare doublure et trois plans éloignés. Quant au Marsupilami, il est évidemment absent pour des raisons de droits. En guise de consolation, on jouit de quelques mots en zorglangue («Eviv Bulgroz!») et d’une démonstration des effets du métomol, le gaz qui ramollit les métaux.

On frôle le désastre mais miracle! il y a Zorglub. C’est Ramzy Bédia qui, crâne rasé, l’incarne, et l’ancien partenaire d’Eric a compris le profil de ce génie du mal et de la gaffe réunis qui se prend les pieds dans ses rêves de grandeur. Il amène au personnage la dinguerie idoine quand il clame «la dernière lettre de l’alphabet va devenir la première», amenant la touche surréaliste qui sauve Les Aventures de Spirou de l’infamante nullité de Boule et Bill ou de Benoît Brisefer, si maltraités par le cinéma.


Les Aventures de Spirou et Fantasio d’Alexandre Coffre (France, 2018), avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bédia, Christian Clavier, 1h29.